Des idées et des Rêves* mais des idées et un rêve, surtout. Celui d’être désigné candidat socialiste lors des primaires socialistes. Pour remporter la présidentielle et mettre en place son «projet de transformation» de la société. Un rêve un peu lointain vu ses handicaps: des sondages pas palpitants et une notoriété faiblarde. Mais Arnaud Montebourg y croit dur comme fer. «J’ai une candidature ambitieuse, donc difficile. Il faut l’installer, j’ai neuf mois pour le faire», avance-t-il. Alors il est en campagne active depuis début janvier. Comme ce mardi à Pessac, où il est venu soutenir les candidats socialistes aux cantonales de mars. 20minutes.fr était avec lui.
Sur le petit marché, où débute le périple girondin, les badauds ne le reconnaissent pas vraiment. «C’est qui, tu dis?», demande une maraîchère à sa collègue... «Un socialiste, je crois». Pas de quoi entamer la bonne humeur du député de Saône-et-Loire qui fait le tour de la place, salue chacun et tâte du fruit. Au revoir, le Montebourg spécialiste de la justice et des Institutions, place désormais à l’économie, la ligne de force du candidat, abondamment développée dans son livre programmatique, inspiré de son expérience de président de Conseil général, où il a les «mains dans le cambouis».
«Vos idées de coopératives, je trouve ça très bien», lance en guise d’accueil l’un des deux patrons d’une PME spécialisée dans la vision numérique. Ça débute bien. Montebourg, qui triture ses lunettes de prof, prend ses aises et place sa vision du «patriotisme économique» alors que son interlocuteur développe sur ses problèmes à décrocher des marchés dans certains pays comme l’Allemagne. Il fait mouche. Pareil sur sa volonté de placer le financement des PME en thème de campagne. «Incroyable non, cet échange? C’était passionnant», lâche-t-il à la sortie, constatant que ses idées «trouvent de l’écho sur le terrain».
Aux étudiants de Science-Po Bordeaux qui l’ont invité à débattre, il attaque par un «outing»: «Je suis pour l’inflation». L’élu de la Bresse regarde l’assemblée, content de son effet, et embraye: «une inflation de 3% sur 10 ans réduirait la dette de 25%». «Va falloir qu’on lise un peu moins Les Echos et un peu plus Alternatives économiques», lance-t-il aux quelque 200 étudiants qui le pilonnent de questions. Au niveau européen: il veut un euro «politisé» qui «appartient aux peuple» et non aux institutions, et qui doit pouvoir être dévalué. «Il a été plutôt convaincant, juge l’un des étudiants. Il a précisé des points qui pouvaient paraître obscurs». «C’était génial, vous avez vu comme ils ont réagi?», s’emballe le principal intéressé. Dans le tramway qui mène l’équipe au quartier populaire de Saige Formatoir, où le candidat fera le tour des popotes avec le maire de Pessac, un gamin crie: «Hé m’sieur, dégagez Sarkozy!». Succès garanti.
Pas ou peu d’antisarkozysme, pourtant dans les propos d’Arnaud Montebourg. «Ce qu’il faut savoir, c’est par quoi on remplace le sarkozysme», lance-t-il devant 150 militants réunis au cinéma de Pessac. «Besancenot, Mélenchon dénoncent» le capitalisme financier, «moi je propose». Avec toujours le thème de l’économie en fer de lance. «Le projet du PS parle du social, je suis pour. Mais avec quel argent», s’interroge celui qui refuse le «ministère de la dépense sociale». Il veut «un fonds souverain coopératif» pour permettre aux salariés «de prendre le contrôle de leur entreprise». «C’est ça la politique, expliquer encore et toujours, avoir la patience, répéter», lâche, avant de filer dîner avec les élus locaux, celui qui pense être «le seul capable de déclencher un enthousiasme» aux primaires. A défaut, lui en a en réserve.
*: Chez Flammarion, 20 euros.