Arnaud Montebourg, le 11 janvier 2011, devant le siège du Parti socialiste.
Arnaud Montebourg, le 11 janvier 2011, devant le siège du Parti socialiste. - F. DUFOUR/ AFP

Propos recueillis par Maud Pierron

Le PS s’attaque à la réforme des institutions. Et une nouvelle fois, le projet final fait l’objet de contestations. C’est Manuel Valls qui a été chargé de préparer le document qui doit servir de référence à tous les socialistes. Mais le député-maire d’Evry n’a pas fait l’unanimité au sein du PS, loin de là. Aucune référence à la VI e République, il prône une adaptation des principes de la Ve République.

Ce texte propose une cinquantaine de mesures pour tendre vers «une Ve très améliorée», parmi lesquelles accorder le droit de vote aux élections locales aux résidents étrangers, interdire aux parlementaires de cumuler avec un mandat local ou intégrer une dose de proportionnelle lors des législatives. Loin, très loin de la VIe République prônée par une partie du PS, dont Arnaud Montebourg, qui a de toute façon toujours été – au moins – mal à l’aise avec les institutions de la Ve République. Le texte, présenté mardi soir par Manuel Valls au bureau national, a été l’objet d’un accrochage et n’a pas été voté. Reste que Martine Aubry a décidé qu’il serait tout de même débattu au forum républicain ce mercredi soir.

Arnaud Montebourg, candidats aux primaires socialistes, donne son point de vue sur 20minutes.fr.

Vous vous êtes opposé au texte sur les institutions présenté par Manuel Valls, mais Martine Aubry a tranché: il a été présenté ce mercredi au forum des Institutions.
Ce texte contient de beaux progrès, mais il contient aussi quelques régressions par rapport aux évolutions que nous avions imaginées pendant la campagne de Ségolène Royal en 2007. Les abus de pouvoirs se sont multipliés ces dernières années dans le système politique, y compris contre les libertés et les droits des citoyens, ce qui amène aujourd’hui tous les partis politiques à imaginer un changement profond de République. François Bayrou le dit, les Verts également, mais aussi d’autres partis de gauche partenaires du PS. Nous ne pouvons donc plus vouloir le maintien de la Ve République, avec les risques d’excès du pouvoir présidentiel qu’il comporte et qui conduit aujourd'hui à faire des réformes contre l'immense majorité des gens ou pire dans leur dos et contre leur volonté.

Reste que le texte de Manuel Valls va venir grossir le programme du PS, il sera à la disposition du candidat socialiste…
Depuis quinze ans, je défends avec constance et patience la naissance d'une VIe République qui ne serait rien d'autre que la République des gens et non plus celle d'oligarchies minoritaires qui accaparent le pouvoir au profit d'intérêts particuliers. Si la gauche engagent de grandes reformes, elle ne pourra les ouvrir qu'en accord avec la population et non plus contre elle. La VIe République réalise cette réconciliation entre reforme et adhesion populaire.

Vous pensez que la question des institutions intéresse vraiment les Français?
Parler des institutions, ça ne veut rien dire, en revanche, la démocratie, ça concerne tout le monde. Dans cette periode de perte de confiance dans l'action politique, la question de la démocratie est centrale. La place du peuple dans la politique intéresse nécessairement tout le monde.

Vous défendez la VIe République, comment l’expliqueriez concrètement vous à vos électeurs?
C’est la réconciliation entre l’aspiration au changement des gens et le respect par la politique de cette aspiration. La VIe République permettrait de réconcilier la population et les politiques. C’est un outil de réconciliation nationale. Ce serait une République où on discute davantage, où on écoute la population, où on passe des compromis, où tout ne se fait pas au profit d’une oligarchie comme aujourd’hui. Concrètement, le Parlement aurait plus de poids, il y aurait plus de démocratie directe et le pouvoir de ceux qui nous dirigent serait davantage encadré. La France entrerait alors enfin dans la modernité.