Ségolène Royal, le 16 novembre 2010, à Paris.
Ségolène Royal, le 16 novembre 2010, à Paris. - Gonzalo Fuentes/ Reuters

Presqu’un coup d’épée dans l’eau... A écouter certaines réactions officielles au Parti socialiste, la candidature de Ségolène Royal aux primaires est un épiphénomène. «Je ne dirais pas un non-événement car ce serait péjoratif mais cela n’impacte en rien notre calendrier et notre état d’esprit», assure Razzi Hammadi, membre de la direction du PS. Toutefois, ce proche de Benoît Hamon contredit légèrement les propos du porte-parole du PS, qui a considéré lundi que la candidature de Ségolène Royal était «était prévisible, logique». «Ça n’était pas prévu dans le scénario. Dire le contraire serait malhonnête et hypocrite mais je serais bien curieux de savoir ce que sa déclaration va changer». Et le secrétaire national de rappeler que sur les primaires, «le PS a construit un dispositif et un calendrier adopté par tout le monde pour n’empêcher personne. Les actes d’une seule personne ne peuvent pas changer cela».

Pas question, donc, d’accélérer le calendrier comme le souhaite Ségolène Royal. «Nous ne devons pas calquer notre calendrier ou notre rythme et sur celui de Sarkozy qui a fait un remaniement foireux et sur celui de Ségolène Royal qui a décidé de sortir maintenant», a également tranché le strauss-kahnienPierre Moscovici ce mercredi sur RTL. Reste que la déclaration de Ségolène Royal a donné du grain à moudre à ceux qui veulent avancer la date des primaires. «Le calendrier prévu est intenable», juge André Vallini, proche de François Hollande dans Libération ce mercredi. «On ne peut pas attendre encore un an dans la confusion actuelle. Il faut donc resserrer le processus pour être opérationnel dès septembre 2011», juge-t-il alors que Martine Aubry et surtout DSK, seraient piégés par un tel calendrier.

«C’est la fin de la parenthèse enchantée de l’unité»

D’où l’opération désamorçage lancée par la direction du PS, pour éviter que la pression ne s’amplifie sur ce thème. Si en «off», ça tempête à la direction du PS sur le sale coup de Ségolène Royal, consigne a été donnée rue de Solferino de rester mesuré. «Chacun est libre de se présenter, ça ne nous empêchera pas de travailler ensemble avec tous, dans l'intérêt des Français», a par exemple déclaré le n°2 du PS, Harlem Désir.

«Ils vont jouer le détachement, calmer le jeu», explique Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à Reims et spécialiste du PS. Pour ne pas entrer dans le jeu médiatique de Royal. «L’idée c’est de faire pschiit autour de sa candidature, de ne pas en rajouter, ajoute-t-il. Car que dire sinon des méchancetés?» Or, aujourd’hui, au PS, prévaut «la norme de l’unité» et le premier qui la brisera le paiera cash, rappelle le spécialiste du PS. «On a tiré les leçons d’une période où on pensait qu’on pouvait tout se permettre vis-à-vis des camarades. On sait qu’il faudra faire avec tout le monde. Il ne faut pas insulter l’avenir», abonde Razzy Hammadi.

L’autre raison, c’est «de banaliser Royal, la désacraliser». Dire qu’elle est une candidate parmi d’autres, au même niveau que les challengers Manuel Valls ou Arnaud Montebourg. Jean-Christophe Cambadélis, lieutenant de DSK, n’a pas fait autre chose dans un message posté sur son blog: «Il n'est pas anormal, vu un calendrier final fixé à l'été, que les candidats les moins bien placés dans les sondages et dans le Parti socialiste se lancent de loin». De l’art de gentiment tacler sa camarade. Si «la contrainte d'unité pèse sur tout le monde» et «le grand déballage n'a pas encore commencé», note Rémi lefebvre, «c’est la fin de la parenthèse enchantée de l’unité». Désormais, «l’agenda socialiste va être pollué par ces pré-primaires et une phase de nombrilisme exacerbé».

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