Quand Nicolas Sarkozy traite les journalistes de «pédophiles»

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Publié le 23 novembre 2010.

POLITIQUE - Le chef de l'Etat n'a pas apprécié certaines questions sur l'affaire Karachi...

Dérapage? Nicolas Sarkozy a eu une sortie inattendue vendredi soir, lors d’une rencontre informelle avec des journalistes en marge du sommet de l’Otan, à Lisbonne. Interrogé sur l’affaire Karachi, le chef de l’Etat a réfuté les accusations qui le liaient à l’affaire avant d’interpeler un journaliste.
 
«Pédophile»
 
Présent à cet entretien, Thierry Arnaud, journaliste politique de BFM TV, décrit la scène à 20minutes.fr. «Cette rencontre a duré assez longtemps, environ une demi-heure je dirais. Le premier quart d’heure a été consacré aux questions sur l’Otan et s’est déroulé dans une ambiance détendue. Puis est arrivé le moment des questions sur Karachi, durant lesquelles Nicolas Sarkozy a laissé transparaître son agacement, se souvient le journaliste. Le ton n’est pas monté, il était un peu sur le même registre, tranchant et combatif, que face à Claire Chazal mardi dernier. Il était clairement agacé par deux choses: les accusations qui le liaient à l’affaire Karachi et le fait que la presse, selon lui, ne fasse pas son travail de vérification. De là est arrivé la métaphore du pédophile.»
 
Sur le JDD.fr, le journaliste Bruno Jeudy raconte l'épisode en détails. «Mais écoutez, on est dans un monde de fous. Il n'y en a pas un seul parmi vous qui croit que je vais organiser des commissions et des rétro-commissions sur des sous-marins au Pakistan? C'est incroyable et ça devient un sujet à la télévision, s’énerve le Président. Et vous, j'ai rien du tout contre vous. Il semblerait que vous soyez pédophile... Qui me l'a dit? J'en ai l'intime conviction. Les services. De source orale. Pouvez-vous vous justifier? Et ça devient "je ne suis pas pédophile".» Par cet exemple, Nicolas Sarkozy entendait donc dénoncer la logique des «on-dit».
 
«Tout le monde a éclaté de rire»
 
Puis le conseiller en communication de Nicolas Sarkozy, Franck Louvrier, lui indique qu’il doit mettre fin à l’entrevue car il est attendu. «Ça commence à s’agiter un peu, mais rien de spectaculaire. Ce n’est pas la crise de nerf, ce n’est pas l’effroi sur les visages», décrit encore Thierry Arnaud selon lequel environ 20 à 30 journalistes étaient présents.
 
Et le chef de l’Etat d’ajouter: «c'est sans rancune, hein, le pédophile» avant de quitter l'assemblée d'un «amis pédophiles, à demain!». «Cette dernière phrase a été prise sur le ton de la blague, tout le monde a éclaté de rire», assure Jean-Pierre Stroobants, journaliste au Monde présent à la rencontre, qui confie à 20minutes.fr son étonnement devant la scénographie prévue. «Nicolas Sarkozy était au centre et les journalistes l'entouraient, une pratique habituelle apparemment», selon le journaliste qui n'est pas accrédité par l'Elysée pour suivre les déplacements de Nicolas Sarkozy mais spécialisé dans les questions diplomatiques. Une scénographie qui rappelle un fameux cliché de campagne, pris en 2006...

La règle du «off»

La "plaisanterie" passée, la stupeur gagne les rangs des journalistes, partagés entre l’envie d’évoquer la scène et le devoir de réserve qu’implique une rencontre en «off». La règle veut que les propos prononcés en «off» ne sont pas destinés à être publiés.
 
Face à l’énormité des propos présidentiels, l’affaire va néanmoins fuiter. L’Express et Mediapart (lien payant) sont les premiers à dégainer. De son côté, Le Monde évoque la scène de manière voilée, affirmant que Nicolas Sarkozy se défend des accusations d’implication dans le Karachigate en des «termes outranciers». L’AFP publie une dépêche dans la foulée et de nombreux médias lui emboîtent le pas. C’est le moment que choisit Thierry Arnaud pour se livrer, sur BFM TV et sur Twitter. «Après la publication de la dépêche AFP, j’estime que l’information est tombée dans le domaine public et je ne me sens plus tenu par le «off», explique le journaliste. J’ai été surpris par les propos du Président, c’est une boutade que chacun appréciera.»

 

Reste le problème du "off", difficile à faire respecter.  «Cette logique du "off" alors qu'en fait, on déballe tout, brouille les pistes, on ne sait plus où nous en sommes, souligne encore Jean-Pierre Stroobants. Je crois que le "off" a encore un intérêt, dans certains cas. Dans un contexte diplomatique et militaire tel qu'un sommet de l'Otan, où l'on apprend rien dans les conférences de presse officielle, le "off" sert à comprendre les positions de différentes parties. Sans ça, on n'a pas d'info.»

Sandrine Cochard
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