Après l'annonce surprise samedi peu après 19H30 d'une démission du gouvernement en place - une première un week-end sous la Ve République-, l'annonce de la reconduction de François Fillon à Matignon, finalement préféré à Jean-Louis Borloo, est tombée vers 09H50.
Après l'annonce surprise samedi peu après 19H30 d'une démission du gouvernement en place - une première un week-end sous la Ve République-, l'annonce de la reconduction de François Fillon à Matignon, finalement préféré à Jean-Louis Borloo, est tombée vers 09H50. - Miguel Medina AFP/Archives

Vincent Vantighem

O temps! Suspends ton vol… Samedi à 19h37, l’Elysée annonce que le président de la République «a mis fin aux fonctions de François Fillon». Le lendemain, à 9h52, un communiqué tout aussi laconique de l’Elysée annonce que «François Fillon a été nommé Premier ministre».

Surnommé «Droopy» ou «Mister Nobody», qualifié en 2007 de «collaborateur» par Nicolas Sarkozy, François Fillon est au final le grand gagnant de ce remaniement. «Sarkozy ne voulait plus de lui, résume un ministre. Mais il n’a pas pu s’en séparer…» Annoncé partant dès le mois de juin, l’homme de la Sarthe a bénéficié d’une popularité inébranlable des Français mais aussi et surtout des membres de la majorité parlementaire qu’ils soient députés ou ministres.

Ovationné tous les mardis à l’Assemblée nationale, le Premier ministre a su, en trois ans et demi de réformes, imposer le respect aux autres ministres. «Matignon est aujourd’hui une machine de guerre, résume un conseiller. Les dossiers arrivent sans discontinuer. Fillon les regarde posément. En moyenne, il rend un arbitrage toutes les 20 minutes. Ce n’est pas Borloo qui serait capable de faire ça!»
 

François Fillon «s’engage dans une nouvelle étape»

Plébiscité pour ses compétences, François Fillon doit aussi et surtout son succès au fait qu’il incarne l’anti-sarkozysme par excellence. «Il est calme, anti bling-bling, résume Eric Raoult, le député (UMP) de Seine-Saint-Denis. Avec le Président, ils sont finalement très complémentaires.» A condition de le laisser travailler. Etouffé pendant longtemps par Sarkozy et surtout Claude Guéant, François Fillon a repris les rênes du pouvoir depuis la rentrée.

En première ligne de la réforme des retraites, il a également su incarner la rigueur budgétaire au moment où la crise n’a pas fini de produire ses effets. «C’est bien simple, résume un ministre. Si on avait du voter en conseil des ministres: Fillon aurait été élu avec 85% des voix… On a plus que jamais besoin de lui en ce moment.»

Le député du Nord, Christian Vanneste n’en pense pas moins: «On ne change pas de Premier ministre, d’accord. Mais il faut changer de style. Il faut que Sarkozy laisse enfin Fillon être Premier ministre. Voire même hyper Premier ministre…» Le principal intéressé l’a bien compris. Dans un communiqué, François Fillon assure «mesurer l’honneur qui [lui] est fait de continuer à servir la France» et être prêt à «s’engager avec détermination dans une nouvelle étape.»