Alors que les actions de mobilisation se poursuivent sur le terrain, les sénateurs sont toujours sur le pont, pour examiner le projet de loi sur les retraites dans une ambiance tendue. Les élus ont voté le 33e et dernier article du projet de loi sur les retraites dans la nuit de mercredi à jeudi, et son passés à l’examen d’articles additionnels. Ils ont notamment voté trois amendements identiques, du rapporteur Dominique Leclerc (UMP), de l'Union centriste et du groupe UMP instaurant le principe d'une réflexion sur «une réforme systémique», autrement dit une retraite par point.
Cette réflexion portera notamment sur «une plus grande équité» des régimes de retraites, sur «les conditions de mise en place d'une régime universel par points» et sur «les moyens de faciliter le libre choix du moment et des conditions de leur cessation d'activité».
Ce principe est le cheval de bataille des centristes, un groupe charnière à l’UMP, mais également de la CFDT, qui souhaite la mise en place de la retraite par points depuis de longues années. L’opposition, David Assouline en tête, a d’ailleurs vu dans cet amendement «une manœuvre». «Pourquoi ce soir?», a dit Christiane Demontés (PS), étonné par le fait que ces amendements aient été appelés en priorité à l'examen. «Nous aurions dû commencer par là, enfin on s'aperçoit qu'il faut une grande réforme des retraites!» a ironisé Martial Bourquin (PS).
Ce geste du gouvernement, cette ouverture n'est pas anodine – même s’il ne s’agit que d’acter d’une réflexion - alors que les syndicats se réunissent ce jeudi pour décider de la suite à donner au mouvement. L’enjeu – compliqué – pour les centrales, est de conserver le front uni. Or, la CFDT est l'un des syndicats les plus portés au compromis dans les dossiers sociaux. Sera-t-elle sensible à ce geste? Pas sûr, tant la centrale a peu de marge de manœuvre par rapport à sa base. Elle n'a pas non plus oublié les dégâts, dans ses rangs et dans l'opinion, de son ralliement in extremis à la réforme des retraites de François Fillon en 2003.
Interrogé par le Figaro, Jean-Louis Malys, le M. retraite de la CFDT, répond: «Cela ne change rien à notre vision de la réforme, donc à notre attitude. Le gouvernement s'y prend à l'envers: il termine la réforme en acceptant que l'on pose les questions qu'on aurait dû poser avant!»