Nicolas Sarkozy est à la manoeuvre pour tenter de ramener le calme parmi ses troupes, troublées par le tournant sécuritaire du gouvernement. Il a enjoint à ses ministres, dont certains ont fait part de leurs états d’âme, de ne pas se laisser gagner par «l’agitation» ou la «fébrilité», a rapporté Luc Chatel. «Il a rappelé à l'ensemble des membres du gouvernement qu'ils devaient travailler au service des Français et qu'ils ne devaient pas s'occuper du reste», a insisté le porte-parole du gouvernement, lors de son compte-rendu du Conseil des ministres. Quant à Eric Woerth, le soutien du chef de l’Etat ne fait «pas l’ombre d’un doute» ni «l’ombre d’une ambiguïté», assure le porte-parole. Mais Nicolas Sarkozy a-t-il seulement le choix, à quelques jours de l’ouverture du débat sur les retraites à l’Assemblée?
Le chef de l’Etat a plusieurs casseroles sur le feu. Non seulement des tiraillements sont apparus dans son gouvernement mais sa majorité se divise sur le sujet, entre les tenants d’une politique dure sur la sécurité et ceux qui estiment que l’exécutif est allé un peu trop loin. Avec les mauvais sondages et le regain du Parti socialiste, les députés sont rentrés en ordre dispersés et les inimitiés entre leaders sont apparues au grand jour à Port-Marly, où s’est tenu le campus d’été des Jeunes pop. Jean-François Copé, patron des députés UMP à l’Assemblée nationale, a fait feu de tout bois. Contre François Fillon, d’abord, dont il s’est dit «étonné» par la prise de distance sur le dossier de la sécurité. Contre Xavier Bertrand, aussi, son meilleur ennemi au sein de l’UMP.
A l’arrivée à Port-Marly, il a déploré, par exemple, «qu'on n'ait pas fait des vraies universités d'été de l'UMP», une décision qui appartient au secrétaire général de l’UMP. Un peu plus tard, il tançait: «Je pense qu'on pourrait être plus pugnaces et plus rassemblés.» C’est que le député-maire de Meaux, se verrait bien, selon Le Monde, à la tête du parti majoritaire. Réponse de Xavier Bertrand: «Dans notre camp plus qu'ailleurs, on n'aime pas les diviseurs, on n'aime pas les snipers, on n'aime pas ceux qui jouent contre leur camp.»
Nicolas Sarkozy en parlera peut-être aux députés de la majorité, qu’il recevra le 8 septembre à l’Elysée, au lendemain du début de l'examen à l'Assemblée du projet de loi sur la réforme des retraites et de la mobilisation syndicale contre ce texte. «Pas du tout, le Premier ministre a déjà dit ce qu’il fallait, il a été très clair» lors de son discours de clôture du campus d’été des Jeunes pop, assure-t-on à la présidence. Reste que ces réunions à l’Elysée ont été mises en place régulièrement après la claque des régionales en mars dernier, pour atténuer la grogne des députés.