L’accord d’indemnisation passé entre la Ville de Paris et Jacques Chirac, en échange du retrait de sa constitution de partie civile au procès des emplois fictifs divise la classe politique. Daniel Cohn-Bendit a embrayé ce lundi matin, estimant qu’il y avait «quelque chose de malsain» dans le principe de cet accord. «Il y a un problème moral: si vraiment il y avait faute, on ne peut pas la réparer comme ça», a déclaré le leader d’Europe Ecologie, à l’unisson des Verts de Paris qui parlent de «faute politique» de Bertrand Delanoë. Pour lui, si la Ville de Paris retire sa partie civile, «il n'y aura aucun contenu dans ce procès».
>>>Pour comprendre les enjeux de cet accord, cliquez ici.
Il a trouvé sur la même ligne que lui un élu pourtant à l’opposé de lui, Lionnel Luca, le bouillant député UMP des Alpes-Maritimes, qui fustige un accord, dont l’UMP est partie prenante, sur «l'air du tous pourris dont se repaît l'extrémisme» et qui montre «à l’évidence le déphasage complet des responsables politiques avec ce que peuvent penser les Français de ces pratiques d’une autre époque», écrit-il dans un communiqué. Un peu moins catégorique, le socialiste Manuel Valls dit avoir «une forme de trouble» avec cet accord qui «donne ce sentiment d'arrangement». «Ce qui [le] gêne», c’est que «cet accord intervienne avant la décision de justice: soit Jacques Chirac est coupable et c'est à la justice de le dire et donc il rembourse. Soit il ne l'est pas», a argumenté sur RMC le député-maire d’Evry.
Mais lundi, une bonne partie des élus interrogés estimaient cet accord légitime. Le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a estimé que son parti avait le devoir «par solidarité» d'assumer le passé du RPR. «Quand notre famille politique sera saisie, si elle l'est, il sera temps de réunir un bureau politique pour examiner tout cela», a-t-il ajouté. Valérie Pécresse, une «bébé Chirac» trouve «parfaitement légitime» que l'UMP est «partie prenante» du protocole d'indemnisation. Même à gauche, on estime que c’est un bon accord, une manière de marquer sa solidarité, cette fois à Bertrand Delanoë. C’est un arrangement «utile pour les Parisiens», a estimé François Hollande. «Récupérer 2 millions d'euros, ce n'est pas si mal», a-t-il dit, soulignant que «c'est un aveu majeur qui vient d'être acté», a jugé l’ancien premier secrétaire du PS. «La partie civile a été réglée mais l'infraction demeure et le procès aura lieu», a-t-il insisté.
Même analyse chez Benoît Hamon, le porte-parole du PS. «L'objectif de la Ville de Paris, ce n'était pas d'obtenir une peine, c'était d'obtenir réparation pour le contribuable parisien. Le maire de Paris a-t-il obtenu ce qu'il souhaitait ? Oui», a-t-il développé lors de son point presse. Enfin, sans surprise, Harlem Désir, un proche du maire de Paris, «a soutenu» la démarche de Bertrand Delanoë. «Il ne faut pas confondre le rôle de la Ville de Paris, qui a le droit de demander réparation, et le rôle du procureur qui est de poursuivre et continuer, même s'il y a eu réparation».