Elle se voulait «grave et responsable». C’est aussi une martine Aubry offensive qui est apparue devant les militants ce dimanche à La Rochelle. Comme attendu, la première secrétaire du PS a livré un long discours de clôture de l’université d’été du PS, présentant la politique générale du parti à l’horizon de 2012.
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Surtout, Martine Aubry s’est montrée sévère à l’égard de Nicolas Sarkozy et de la droite. «Trois ans d'échecs, trois ans de dérapages», a-t-elle lancé à une assistance visiblement conquise. Si le PS avait refusé de se laisser entraîner sur le terrain de la sécurité cet été, la maire de Lille a concentré ses critiques sur ce sujet.
«Jouer sur les peurs, c'est abaisser la République», a-t-elle affirmé, faisant référence au discours du chef de l’Etat à Grenoble et aux procédures d’expulsion des roms engagées par le gouvernement. «Ces évacuations brutales, ces expulsions sont indignes et elles sont juridiquement infondés», a-t-elle estimé, évoquant la récente décision du tribunal de Lille qui a annulé des arrêtés d'expulsions. «Ce sont des êtres humains, alors oui M. le président de la République, ils doivent être traités comme tels!», a-t-elle lancé sous les applaudissements.
Nicolas Sarkozy et son équipe en ont également pris pour leur grade sur le terrain des valeurs et de la morale. «Il y a un fil rouge entre le dîner du Fouquet's, les voyages ostentatoires, l"invraisemblable bouclier fiscal, l'invraisemblable premier cercle [donateurs privilégiés de l'UMP, ndlr]», a énuméré Martine Aubry, enchaînant sur l’affaire Woerth-Bettencourt. «Nous attendons le dépaysement ou la saisie d'un juge d'instruction qui pourra dire clairement ce qu'il se passe», a-t-elle plaidé. Pour résumer, «Nicolas Sarkozy nous promettait la rupture, c'est plutôt la cassure entre ses promesses et les résultats, entre lui et le peuple», selon la première secrétaire.
Mais le PS ne veut pas «d’une victoire par défaut», fondée sur le rejet du sarkozysme, a prévenu Martine Aubry, anticipant sur les critiques de la droite. «Nous ne voulons pas le pouvoir pour le pouvoir mais pour porter l’espoir», a-t-elle martelé. Y compris sur le terrain de la sécurité. Dans ce domaine, «la crédibilité a changé de camps», annonce Martine Aubry. «Le président de la République a choisi la polémique. Nous choisissons la politique. Le gouvernement souffle sur les braises, nous voulons les éteindre», a-t-elle développé, indiquant que le plan socialiste en la matière serait présenté le 2 octobre. Il sera fondé sur la «prévention», la «dissuasion», la «sanction», car «des réponses existent, mais aucune n'est miraculeuse. Toutes doivent être conjuguées sur la durée».
L’édile égrenne quelques mesures qui seront prises en ce sens. Elle annonce notamment qu'elle veut rétablir «la police dans les quartiers» et qu'une loi contre le trafic des armes à feu, qui n'existe pas, est déjà prête. Elle évoque également la prise en charge des jeunes délinquants, dans des établissements «semi-ouverts», comme en Allemagne.
Martine Aubry a également balayé un certain nombre de domaines dans lequel le PS compte «déborder» la droite par ses propositions. A l’international, d’abord. «Nous devons redonner un cap et un sens au projet européen», affirme-t-elle, promettant une «Europe sociale», à côté de «l'Europe politique». Elle dit vouloir «repenser le multilatéralisme» et travailler avec les grandes institutions comme le FMI. «Dominique sera content qu'on donne plus d'argent au FMI», ajoute-t-elle en parlant du projet pour 2012. Un indice sur l'issue du pacte des primaires?
Sur le plan social et économique, «nous devons engager une reconquête de la valeur du travail», annonce-t-elle, reprenant une expression chère à Ségolène Royal, qu’elle a complimentée au passage pour sa gestion de la tempête Xynthia. «Rendre possible la progression», mettre fin à la «précarité», assurer «l'égalité entre les hommes et les femmes», travailler sur la «fiscalité», «réformer l'impôt sur les sociétés, sur le revenu», «intégrer la transformation écologique», autant de mesures qui sont dans les cartons du PS.
«Les priorités, nous les connaissons, enchaîne Martine Aubry: l'éducation, la façon de construire la ville du 21e siècle et l'égalité réelle». Elle poursuit avec «la réforme de rythmes scolaires», celle de «la formation des profs», et enfin la nécessité d’en finir avec le démantèlement des services publics dans les zones rurales: «hôpitaux, tribunal, et même prisons».
Martine Aubry évoque son fameux «care»: «Il faut du lien, de la société, de l'attention, du soin mutuel, que j'ai résumé peut-être maladroitement dans le mot "care". Qu'est-ce que ça veut dire? On n'aime pas l'intolérance vis-à-vis des handicapés, on n'aime pas l'individualisme». Les applaudissements sont à leur comble. Portée par ses militants, la première secrétaire le promet: «Nous serons prêts pour 2012, nous ne décevrons pas.»