Si Martine Aubry et ses proches voulaient une université d’été apaisée, c’est loupé. L’ombre de la présidentielle planera sur La Rochelle puisque, dans un livre sur le PS à paraître jeudi, la première secrétaire du PS annonce qu’elle «prendra [sa] décision avant le début de l'année 2011» sur sa participation à la course aux primaires socialistes pour la présidentielle 2012. Autant dire que c’est demain. Et que forcément, cette annonce va nourrir toutes les discussions puisque la maire de Lille ajoute dans la foulée que si elle se décide, elle ne sera «plus première secrétaire». Il faudra dans ce cas certainement organiser un congrès. L’entretien a été réalisé le 21 juin dernier à Lille, selon David Revault d’Allones, le journaliste de Libération qui publie Petits meurtres entre camarades.
«Je ne sais pas quel sera le climat politique à ce moment là et quel sera le candidat le mieux placé», explique la maire de Lille dans l’entretien. «Quand on voit la rapidité de la dégradation sociale, les souffrances des gens, les affaires et les atteintes portées au politique en un an, tout peut changer», ajoute l’ancienne ministre du Travail.
Le tempo retenu pour cette annonce interroge tant les membres de la direction socialiste annonçaient une université d’été enfin «sans enjeux», selon Jean-Jacques Urvoas, le M. Sécurité du PS. Mercredi après-midi, François Lamy, le bras droit de Martine Aubry, annonçait à 20minutes.fr un climat calme, propice à la réflexion. «Cet été il n’y a pas eu de débats socialo-socialistes, pas de piques, pas de prises de paroles individuelles pour se démarquer». Si évidemment la patronne du PS peut légitimement nourrir des ambitions pour 2012, cette annonce surprise, à la veille de l’université d’été, traditionnelle rentrée politique des socialistes, peut mettre de l’huile sur le feu et raviver les querelles d’ego.
Elle peut en tout cas pousser les deux autres ténors que sont Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn à sortir du bois. La première a dit qu’elle s’effacerait s’il y a un ou une meilleur(e) candidat(e) mais il est loin d’être acquis qu’elle considère Martine Aubry comme étant celle-ci. Le second est piégé par le calendrier: son mandat à la tête du FMI ne s’achève qu’en 2012 et il lui est difficile de bouger si tôt.
«Je ne vois rien qui soit problématique dans les propos de Martine, ni de si nouveau»,tente de tempérer jeudi soir auprès de 20minutes.fr François Lamy, qui précise toutefois qu'il attendait la sortie du livre pour début septembre. «Le fait qu’elle prenne sa décision avant la fin de l’année ne veut pas dire qu’elle la rendra publique», ajoute-t-il malicieusement, assurant que cette décision pourrait être prise début 2011, qu’il n’y a pas «de date limite de décision» pour se déclarer. Avant de faire son choix, «elle parlera à Dominique Strauss-Kahn». Et avec Royal, qui a proposé de mettre ses ambitions de côté au profit d’un «dispositif gagnant»? «Peut-être, avec d’autres aussi, ce sera son rôle de première secrétaire, comme celui d’emmener le parti à la victoire, quel que soit le candidat.»