Les journées d’été des Verts/Europe Ecologie se sont achevées samedi par une mise sur orbite d’Eva Joly, candidate annoncée du mouvement pour 2012. Cécile Duflot s’est effacée préférant un «ticket» avec l’ancienne juge d’instruction. Et ils ont acté officiellement la fusion des deux mouvements en un seul, qui verra le jour lors des assises de l’écologie, les 13 et 14 novembre. «Un pas de géant», s’est réjouie Eva Joly. Il reste toutefois plusieurs questions à trancher. 20minutes.fr fait le point.
Quel organigramme?
«Débat subsidiaire», pour Jean-Vincent Placé, le bras droit de Cécile Duflot qui s’en occupe pourtant énormément en coulisses. La question de l’organigramme est en effet révélatrice des lignes de fractures du mouvement. L’enjeu est «d’éviter de donner l’impression qu’un camp a gagné contre l’autre», explique-t-on. D’où la volonté de Cohn-Bendit d’avoir «deux secrétaires nationaux: Yannick Jadot (EE) et Cécile Duflot (Verts)». Une «forme de binôme», dans lequel l’un aurait en main le côté exécutif, l’autre le côté politique, explique Yannick Jadot. Du côté des Verts, on tente d’imposer Cécile Duflot seule à la tête du futur parti. Pour le moment, les discussions sont bloquées. Seule avancée: il y aura un président d’honneur, qui devrait être Jean-Paul Besset, le député européen EE proche de Nicolas Hulot, personnalité aux convictions écolos incontestables. En dessous de lui, les «verts historiques» tentent d’imposer un conseil national chapeauté par Cécile Duflot et deux porte-parole, un Vert et un non-vert. Ce schéma fait hurler les europe-écologistes. «Si c’est pour faire les Verts bis, c’est pas la peine, on voit ce que ça donne, 1,5% à la présidentielle», râle un EE.
Quelle place pour Cohn-Bendit?
L’eurodéputé a ostensiblement traîné son mal-être jeudi et vendredi lors des journées écolos. «Jaloux» que tout ne tourne pas - plus - autour de lui avec l’éclosion du duo Joly-Duflot pour certains, mais aussi sincèrement agacé par la tournure que prend le futur mouvement avec, selon lui, une mainmise des Verts. S’il n’obtient pas une direction bicéphale, il menace de tout lâcher. Or, comme l’a rappelé Eva Joly, «si aujourd’hui nous sommes là, c’est grâce à Dany, à sa vision». S’il a le «baby blues» comme nombre d’élus l’ont jugé, c’est parce qu’il «avait une vision encore plus exigeante que le résultat obtenu», a assuré la députée européenne. Le mouvement écolo ne peut pas se permettre de perdre son trublion médiatique qui incarne d’une certaine manière le rassemblement. «Cécile» le sait et «Dany» aussi. La première a intimé l’ordre à son bras droit, Jean-Vincent Placé, de ne pas répondre aux provocations de DCB pour éviter la rupture, le second n’a pas claqué la porte mais pris du recul afin de ne pas casser le jouet. «Europe Ecologie doit apprendre à vivre sans moi», a-t-il souligné dans un entretien à 20minutes.fr. Lui, vise la présidence du Parlement européen en 2012. Mais il a promis «solennellement» à Eva Joly qu’il ferait sa campagne présidentielle.
Quel périmètre et quel projet?
C’est à nouveau l’objet de débats entre Verts et les divers. Cécile Duflot a pris le parti écologiste sur une ligne assez à gauche. Daniel Cohn-Bendit, lui, a toujours dit qu’il voulait parler au centre et veut intégrer Corinne Lepage, présidente du parti écolo Cap 21 et ancienne fondatrice du MoDem, dans le futur rassemblement. Jean-Vincent Placé revendique une future ligne «anticapitaliste et radicale». «Moi, je ne suis ni gauchiste, ni anticapitaliste, ni libérale», a réagi Cécile Duflot, mais «profondément écologiste» et «l'écologie est pour moi héritière des valeurs de gauche». «C'est très bien qu'on soit divers, comme on revendique la biodiversité», a-t-elle ajouté. Une manière de ne pas trancher directement. Sauf que le projet de «transformation écologique de l’économie» reste flou: décroissance, retraite à 60 ans… Ces sujets-là ne font pas l’unanimité entre Verts et divers. Mais encore? «Il faut travailler sur les sujets sur lesquels nous sommes ni attendus, ni entendus», nous expliquait Yannick Jadot, réclamant un vrai travail sur la sécurité, par exemple. Même son de cloche, pour une fois, du côté de Jean-Vincent Placé, qui parle de besoin de «crédibiliser» le projet. «On doit sortir de nos niches pour parler du global», travailler sur la fiscalité, la sécurité, la politique étrangère, etc.
Quels partenaires pour 2012?
Lors du débat avec les potentiels partis partenaires par 2012, tout le monde a partagé une position de franche opposition à Nicolas Sarkozy. Mais comme l’a souligné le représentant du PC invité aux Journées d’été, Pascal Bessac, on ne peut pas «fonder l’alternative sur la seule idée de battre Sarkozy». A sa droite à la tribune, se trouvait Corinne Lepage, un peu chahutée par le public. «Je suis la moins à gauche, la plus à droite, comme vous voulez mais il y a des gens dans ce pays qui ne supportent plus ce qu’il s’y passe», a-t-elle lancé au public, réclamant la constitution d’un arc républicain». Pour elle, il faut chercher «les convergences» plutôt que les «divergences». Le «Welcome in the club» lancé pendant les journées d’été à tous les démocrates par «Dany» risque d’être l’objet de tension avec les Verts canal historique.
Quelles relations avec le PS ?
Pierre Moscovici a fait un tabac chez les écolos vendredi soir à Nantes. Il a confessé que le PS «avait une dette» par rapport aux écolos et s'est excusé pour les avoir «cantonnés dans des rôles» au ministère de l’Ecologie par exemple dans le passé. L’émissaire de Martine Aubry a également fait un mea culpa sur l’attitude «hégémonique» du PS par le passé. «Le PS ne peut pas gagner seul en 2012», a-t-il ajouté. D’où la proposition d’un «contrat de gouvernement», «un contrat d’action» qui impliquera une «discipline commune». Daniel Cohn-Bendit a proposé qu’une vingtaine de thèmes soient choisis et discutés entre partenaires. Surtout, Pierre Moscovici, qui parlait avec la bénédiction de la Première secrétaire socialiste, a évoqué «un groupe parlementaire» écolo, assurant que ce ne serait pas «le prix du silence». En privé, nombre d’écolos estiment qu’ils pourront commencer à parler à partir d’une cinquantaine de circonscriptions réservées.