Il faut veiller à ne pas aller trop loin en matière de proposition sécuritaire. Tel est, en substance, le message délivré par le gouvernement à l’attention de Christian Estrosi, qui avait proposé de sanctionner financièrement les maires défaillants en matière sécuritaire. «L'idée d'un pacte entre les communes et l'Etat, en matière de sécurité, est nécessaire: simplement, elle doit se faire sous forme d'un contrat, plus que sous forme de sanction», a déclaré mardi au micro d'Europe 1 le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel.
«Les maires ont été élus par nos concitoyens, ils sont donc des partenaires naturels de l'Etat avec qui s'engage un dialogue respectueux», a affirmé pour sa part le ministre de l'Intérieur et des Collectivités territoriales, Brice Hortefeux, lors d'un point de presse à la mairie de Toulon. «Je crois que ce qu'a dit tout à l'heure Brice Hortefeux a mis fin au suspense: le président de la République lui a clairement signifié que out le discours de Grenoble soit mis en œuvre et rien que ce discours», a renchéri le ministre de l'Immigration Eric Besson lors d'un point de presse à Toulon. «Le discours du président à Grenoble fixait la ligne. Attention à ne pas la dépasser», expliquait également un cadre de l’UMP.
Depuis dimanche, la proposition du maire UMP de Nice a suscité un tollé à gauche, mais aussi des réactions plus que réservées dans la majorité. Le président UMP de l'Association des maires de France (AMF), Jacques Pélissard, l'a jugée par exemple «ni réaliste, ni applicable». «On ne va pas mettre en place un tribunal des maires», a-t-il poursuivi. D'autres élus à l'UMP, comme le député Yannick Favennec, avaient vu dans l'initiative de Christian Estrosi une «atteinte à la libre administration des communes».
Le ministre de l’Industrie semble avoir compris le message. Si mardi, en déplacement en Ardèche, il a éludé les questions sur le sujet, il y est revenu sur son blog. «Il n'a jamais été dans mon intention de stigmatiser les élus locaux et surtout pas d'apparaître comme leur "père fouettard", a-t-il relativisé. Qu'est-ce qui choque dans ma proposition? Que j'estime que la sécurité est l'affaire de tous et qu'il est inadmissible qu'un élu de la République refuse de se servir d'un outil efficace alors même que l'Etat lui donne les moyens d'agir?», demande-t-il.
Il faut dire que depuis le discours de Grenoble, la prime était à la surenchère chez certains élus de la majorité. Le député Eric Ciotti proposait de supprimer les allocations familiales pour les parents d'enfants absentéistes d'une part. Le député de l’Oise Edouard Courtial qui, lui, proposait de transformer en bons d'achat le versement direct de l'allocation rentrée scolaire sur les comptes des familles pour être sûr de l’utilisation des fonds, s’est vu opposer une fin de non recevoir par la ministre de la Famille Nadine Morano. Le député Damien Meslot a lui suggéré d'autoriser les juridictions pénales à prononcer la déchéance de la nationalité française pour les étrangers naturalisés depuis moins de 10 ans et condamnés à une peine de plus de trois ans ferme, et non cinq ans, comme le propose le gouvernement.
Des initiatives qui ont heurté jusque dans la majorité. «Gare à la surenchère», a notamment alerté Jean-Christophe Lagarde, de la direction du Nouveau Centre. «Evitons les lois de pure circonstance et attention aux exagérations peu compatibles avec nos valeurs fondamentales», a mis en garde l'ancien Premier ministre Alain Juppé. Même réserve du côté du président du Sénat Gérard Larcher et du député Bernard Debré, qui a appelé à «manier avec précaution le concept de nationalité».