Eric Woerth est en «en dehors de la polémique». C'est le jugement de Jean-Yves Leborgne, l'avocat d'Eric Woerth, à l'issue de l'audtion de son client. Attendue en début de semaine, elle s'est finalement déroulée ce jeudi au ministère du Travail, débutant avant 9h et s'achevant un peu avant 17h. D'après son avocat, le ministre a récusé tous les soupçons de conflits d"intérêts et de financement illégal de parti politique.
Le ministre du Travail devait en effet être interrogé par les enquêteurs de la brigade financière sur les différents volets de cette affaire dans le cadre d' enquêtes préliminaires sur de possibles conflits d'intérêts, trafic d'influence et financement occultes de partis politiques mis au jour par la diffusion en juin d'enregistrements clandestins réalisés au domicile de Liliane Bettencourt.
Si l'audition a duré si longtemps, «c'est parce qu'Eric Woerth voulait donner toutes les explications, il a dit depuis longtemps qu'il était impatient d'être entendu, il a subi les romans, les allégations, les soupçons qui l'ont concerné pendant un certain temps. C'était pour lui l'occasion d'y mettre un terme», a fait valoir Me Leborgne.
Les conditions d'embauche de Florence Woerth
«Je me suis trompé quand je l'ai engagée (...) J'avoue que quand je l'ai fait, son mari était ministre des Finances (du Budget, Ndlr), il m'a demandé de le faire». Voilà ce qu'on a pu entendre de la bouche de Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, sur les écoutes clandestines. Il évoquait l'embauche de Florence Woerth pour gerer la fortune de la milliardaire. Au début de l'affaire, Eric Woerth démentait connaître Patrice de Maistre, avant d'être contredit par plusieurs éléments contenus dans des agendas. «Ça fait 29 ans que Mme Woerth fait le métier qu'elle fait aujourd'hui et jamais M. Woerth ne s'est occupé de la carrière de sa femme», a balayé son avocat, Me Antoine Beauquier.
La réponse d'Eric Woerth: «A aucun moment il n'est intervenu pour que son épouse soit embauchée par Patrice de Maistre», d’après Maître Leborgne, son avocat. «Il a admis avoir évoqué avec Patrice de Maistre, au cours d'une conversation banale, la profession de son épouse, étant donné les formations à peu près semblables de l'un et de l'autre. Cela se passait à un moment où il n'était pas ministre».
Soupçons de financement politique occulte
L'ex-comptable de Liliane Bettencourt affirme que 150.000 euros ont été remis en 2007 par ce même Patrice de Maistre à Eric Woerth, ministre du Budget et par ailleurs trésorier de la campagne de Nicolas Sarkozy. Les deux hommes nient. Patrice de Maistre concède seulement avoir accedé aux voeux du couple Bettencourt qui souhaitait financer l'UMP légalement. Et qu'il a lui-même participé au financement de la campagne de Nicolas Sarkozy. Il fait même partie de l'association Premier cercle, des donateurs privilégiés du parti majoritaire. Des élements qui fragilisent la version du ministre selon laquelle il connaît à peine Patrice de Maistre.
La réponse d'Eric Woerth: «Il a, avec une vigueur et une énergie particulière, nié avoir reçu un quelconque financement politique qui eut été non conforme à la loi», selon Me Leborgne. «C'est dans les termes de la loi et en fonction de ce que les règles de la République permettent que des financements ont été recueillis. Toutes autres allégations ne sont que des mensonges et des fantasmes», a ajouté l'avocat.
Un traitement privilégié pour Liliane Bettencourt
Florence Woerth est embauchée par Patrice de Maistre pour gérer la fortune de Liliane Bettencourt. Or, il apparaît selon les écoutes que la milliardaire possède deux comptes en Suisse et une île au montage juridique nébuleux. Une position délicate pour l'épouse du ministre du Budget (à l'époque), chargée de traquer la fraude fiscale. Ce même ministre avait un oeil sur les déclarations fiscales de la femme la plus riche de France, tout en récoltant des dons de sa part pour financer la campagne de Nicolas Sarkozy.
La réponse d'Eric Woerth: L'avocat n'a pas évoqué ce pan de l'affaire.