La meilleure défense, c’est l’attaque. L’exécutif est revenu à ce principe de base pour reprendre la main sur l’affaire Bettencourt qui éclabousse Eric Woerth. Première étape: discréditer Médiapart, un site aux «méthodes fascistes» selon Xavier Bertrand. Deuxième étape: attaquer l’opposition qui fait «le jeu de l’extrême droite» selon François Baroin, «excitée par l’odeur du sang» pour Eric Besson. Troisième étape: rester droit dans ses bottes. C’est François Fillon qui s’est chargé de faire passer le message lors d’une intervention musclée à Matignon devant les députés UMP, et fait rare, retransmise en direct sur les chaînes d’informations.
«Il est hors de question d’être otage de la rumeur», a-t-il lancé, encadré des présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat, Bernard Accoyer et Gérard Larcher. L’exécutif ne cédera pas à «l’agitation» actuelle même si «tout pouvoir rencontre un jour ce cortège de coups bas et de calomnies», a-t-il ensuite assuré, alors que plusieurs élus UMP demandent au Président de s’exprimer voire de remanier. Et le chef du gouvernement, très remonté, de marteler que Nicolas Sarkozy est «maître de son calendrier», «maître de ses choix parce qu'il incarne l'autorité de la République et cette autorité exige de ne pas céder aux intimidations et aux humeurs du jour».
François Fillon a également eu un mot pour son ministre du Travail, accablé par les soupçons, se plaçant sur le terrain de la morale. «Je défends l'honneur d'Eric Woerth comme je défendrais le vôtre si vous étiez la proie d'accusations sans preuve, c’est une question de principe.» Il a également fustigé «une justice sans juge» et «un adversaire insaisissable et sournois, qui a pour nom la rumeur, le soupçon, le procès d'intention». Le Premier ministre en a profité pour louer «les valeurs» de la droite française face à «l'immobilisme» de la gauche, dont une partie, «a perdu tout sang-froid et délivre des coups sur les personnes pour ne pas avoir à les déployer sur les idées». «Notre meilleure réponse, c'est notre unité, notre calme, notre sang-froid, la poursuite méthodique des réformes», continue-t-il.
Et d’assurer: «La priorité politique, ce n’est pas le remaniement, c'est la sécurisation de notre régime par répartition et c'est le rétablissement de nos comptes publics», a lancé le chef du gouvernement, acclamé par les élus. «Avec votre soutien, nous le ferons sans crainte et sans nous laisser détourner de notre devoir», a-t-il conclu dans un appel clair au «serrage de rangs» dans la majorité.
A l’issue de cette intervention musclée, Christian Estrosi a explicité la stratégie du gouvernement: «nous sommes là pour faire bloc autour d'Eric Woerth, il est un ministre solide» et «on veut le déséquilibrer» pour jeter le discrédit sur la réforme des retraites, a-t-il déclaré sur i-télé. Au moins, c’est clair, l’Elysée n’est pas résolue à «lâcher» Eric Woerth. Désormais, le «on» - médias comme opposition – sont dans le viseur. Reste à savoir si cette stratégie sera audible dans l'opinion.