Nicolas Sarkozy peut-il ne pas céder à la pression et attendre l’automne pour remanier son gouvernement? La semaine dernière, au vu des derniers rebondissements de l’affaire Bettencourt et des scandales touchant des membres du gouvernement, il avait livré aux députés un plan d’action en trois axes: d’abord soutenir Eric Woerth, ensuite passer la réforme des retraites, puis procéder à un remaniement. Mais cet agenda a volé en éclats. La démission surprise d’Alain Joyandet dimanche a d’abord forcé l’Elysée à revoir ses plans et à demander à Christian Blanc de présenter la sienne. «J'imagine mal qu'on puisse attendre maintenant la rentrée parlementaire comme si de rien n'était», jugeait en soliste dès lundi le député UMP Lionnel Luca.
Mais la donne a changé, mardi, avec les dernières révélations de Mediapart, selon lesquelles Eric Woerth aurait reçu 150.000 euros du conseiller de Liliane Bettencourt pour financer la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Des assertions démenties par l’Elysée et Eric Woerth. Mais désormais, d’autres élus UMP demandent au chef de l’Etat de «s’exprimer rapidement», tels Jean-Pierre Raffarin et Jean-François Copé, voire, mezza voce, de remanier rapidement pour éteindre l’incendie, s’alignant sur les Français qui le réclament rapidement à 69%, selon un sondage Ifop pour la Lettre de l’Opinion.
Mais peut-il encore reprendre la main? «Il est loin d’être évident qu’un remaniement permettre de clore cette période. Les deux précédentes démissions apparaissent désormais que comme des épisodes anecdotiques. Nous sommes dans un feuilleton. S’il remanie, s’il y a d’autres révélations, les actes posés risquent d’êtres anéantis», juge Emmanuel Rivière de directeur du département Stratégies d'opinion de TNS-Sofres. «Nicolas Sarkozy subit des contraintes comme jamais, ses options se réduisent considérablement» vues les pressions de sa majorité, des médias et de l’opinion, continue-t-il.
Peut-être faut-il qu’il «lâche» Eric Woerth, celui par qui le scandale Bettencourt éclabousse le gouvernement? «Le désavouer complètement, ce serait trop contradictoire avec ses engagements», argumente Stéphane Rozès, président de l’institut de sondage Cap. Du coup, Nicolas Sarkozy peut penser à le «relégitimer», en «reprenant l’initiative et en le changeant de dossier» lors d’un remaniement. «Le problème, c’est que les soupçons entourant Eric Woerth ne concernent pas que lui, le lâcher maintenant ne sera pas suffisant comme contrefeux», juge a contrario Emmanuel Rivière.
Pour reprendre la main, Nicolas Sarkozy pourrait s’exprimer devant les Français, «dans quelques jours», selon Dominique Paillé. Le 14 juillet, certainement, pour appuyer sur le côté solennel. «Cela peut être une porte de sortie», estime Emmanuel Rivière. Pour cela, il faudrait que le président prenne exemple sur… Jacques Chirac, qui lui aussi, avait été pris dans la nasse des affaires en 2001. «Il s’en était plutôt bien sorti, cela l’avait requinqué», se souvient Emmanuel Rivière, en «déplaçant l’attention des Français sur un autre sujet prioritaire aux yeux des Français, l’insécurité».
Sauf que, là encore, la fenêtre de tir du locataire de l’Elysée se réduit. «Nicolas Sarkozy est un président impopulaire, responsable direct d’une situation jugée mauvaise par les Français» et qui n’aurait qu’un sujet à mettre sur la table: la réforme des retraites. Un projet jugé indispensable, mais «porté par Eric Woerth» et «qui ne fait pas plaisir». Alors? Alors, «il n’y a rien qui puisse réparer les dégâts faits dans l’opinion, il n’y a guère que le temps» qui puisse arranger la situation, conclut Emmanuel Rivière. Contrairement à la maxime popularisée par Georges Brassens.