Il y aura donc un remaniement à l’automne prochain.Nicolas Sarkozy la annoncé aux députés mardi. D’abord,pour sanctionner les ministres qui n’ont pas eu un comportement irréprochable. Mais est-ce que François Fillon, le «premier des ministres» peut être concerné par ce remaniement? C’est non, pour les deux experts que 20minutes.fr a interrogé. Le point en quatre arguments.
Ce ne serait pas justifié
Nicolas Sarkozy a présenté le remaniement de cet automne avant tout comme une sanction contre les ministres qui ont pêché au niveau de l’éthique. Où il est question de cigares achetés sur les deniers publics, de voyages en jets privés, de permis de construire illégal… «Le remaniement va clairement porter sur des questions morales, il n’y a aucune raison pour que François Fillon en fasse les frais», explique Stéphane Rozès, président de l’Institut de sondages Conseil analyse et perspective. Or, François Fillon passe pour être un parangon de vertu et d’orthodoxie budgétaire: longtemps, il a été présenté comme l’anti-Sarkozy période bling-bling. L’ancien sénateur de la Sarthe, c’est le père la rigueur, celui qui prône les coupes budgétaires. Et qui déjà, il y a trois ans, parlait d’un «Etat en faillite».
Ce n’est pas le moment
Au niveau du tempo, ce serait maladroit. François Fillon a déjà tenu plus de trois ans, il bat le record de longévité pour un Premier ministre de droite depuis trente ans. Et puis pourquoi faire sauter ce fusible? Le premier à parler, il y a trois,«d’Etat en faillite», en pleine période de crise budgétaire? «Si changement de Premier ministre il doit y avoir, il interviendra sans doute en période pré-présidentielle, et non à l’automne, alors qu’on sera encore dans la période de la réforme des retraites», juge Stéphane Rozès. Un nouveau Premier ministre pourrait être nommé début 2011. «Ce serait un gouvernement recentré sur le noyau dur de l’UMP, resserré, un gouvernement de combat pour préparer la présidentielle», précise François Miquet-Marty, de l’institut Viavoice.
Faute de candidat
Par ailleurs, il n’y a plus tant de «premiers ministrables» que ça à droite. Eric Woerth, considéré comme un recours solide en cas de départ de François Fillon est mis sur la touche dans l’immédiat en raison de l’affaire Bettencourt. Eric Besson, Xavier Darcos, Xavier Bertrand et Brice Hortefeux, un temps présentés pour prendre le relais à Matignon, ne font plus figure de recours crédible. «Je ne vois personne en situation de le remplacer», assure Stéphane Rozès. Même Jean-François Copé, le patron des députés UMP? «Les conditions ne sont pas réunies pour lui en ce moment, notamment par rapport à son positionnement dans la majorité», explique Stéphane Rozès. A la limite, il reste Michèle Alliot-Marie, l’inoxydable ministre, aujourd’hui à la Justice. Elle pourrait être à la tête du fameux gouvernement de combat, rappelle Frédéric Miquet-Marty de Viavoice. Elle présente un peu le même profil que François Fillon: réputée pour être sérieuse et rigoureuse, populaire parmi les députés et héritière du gaullisme social. Ce qui en fait peut être un défaut: pourquoi préférer la copie quand on a l’original? Reste l'hypothèse Jean-Louis Borloo, mais l'interéssé ne serait pas... intéressé.
Il est plus populaire que Nicolas Sarkozy
Surtout, Nicolas Sarkozy ne retirerait aucun avantage à «virer» François Fillon de Matignon. Il est complémentaire de Nicolas Sarkozy. C’est Nicolas yin et François yang. «Il bénéficie du soutien de l’opinion et des députés, c’est un lien de confiance», explique François Miquet-Marty, quand la cote du chef de l’Etat est au plus bas. «Il est consensuel», ajoute-t-il quand l’hôte de l’Elysée est clivant. Autre avantage, «il a parfaitement intériorisé le style de conduite de la politique du pays, où tout se passe à l’Elysée», assure Stéphane Rozès. Pour lui, «il n’y a aucun argument pour le remplacement de François Fillon, ni d’opportunité, ni de personne, ni de justification».