En charge de la dernière grande réforme du chef de l’Etat avant 2012, celle des retraites, Eric Woerth est dans une position délicate, tout comme la majorité présidentielle dans son ensemble. Celle-ci ne sait plus vraiment sur quel pied danser, entre soutien et défiance au ministre du Travail. Parce que l’opinion, elle, est «ulcérée», d'après les sondeurs, par les affaires touchant actuellement le gouvernement, aussi bien à gauche qu’à droite.
Plus que son rôle présumé dans l’affaire Bettencourt, qui n’a pas été juridiquement prouvé, c’est la double casquette (ministre et trésorier de l’UMP) d’Eric Woerth qui a pris le dessus dans la polémique. Toutefois, même si l'opposition et désormais une partie de la droite poussent le ministre du Travail à choisir entre l’une ou l’autre de ces deux fonctions, il ne risque pas de le faire pour le moment.
Pourquoi? «Si je dis à Eric tu dois partir, ça voudra dire qu'il y a donc quelque chose (à lui reprocher)», a répondu Nicolas Sarkozy ce mercredi, interpellé par des députés UMP à ce sujet. «Si Eric Woerth ne portait pas la réforme (des retraites), il n'y aurait rien à lui reprocher. Eric est l'honnêteté faite homme et je l'apprécie beaucoup. On se fait donner des leçons de morale par des parangons de vertu», a ajouté le chef de l’Etat.
La controverse sur la double casquette d'Eric Woerth tient en effet plus de l’ordre moral qu’autre chose. Aucun conflit d'intérêts n'a encore à ce jour été prouvé. Pour autant, le remaniement prévu pour octobre concernera aussi bien le gouvernement que l’UMP. Tout est donc possible en ce qui concerne Eric Woerth. Et si Nicolas Sarkozy a placé cette échéance aussi loin, c’est, d’après le député UMP de Paris Bernard Debré, parce qu’il «ne veut pas d’une réaction à chaud», dictée par la pression médiatique.
L'élu poursuit: «Je crois qu’Eric Woerth va demander, lui-même, en octobre à quitter son poste de trésorier du parti.» Un avis partagé par Christian Vanneste (UMP): «Le Président a renouvelé sa confiance à Woerth, je ne pense pas qu’il bouge de son ministère. Plutôt de l’UMP mais pas tout de suite.»
Pour Pierre Jaxel-Truer, du Monde, le ministre du Travail est en effet «très difficile à désavouer. C'est un poids lourd dont on considérait encore il y a quelques semaines qu'il était premier ministrable». Doté d’un parcours sans faute, Eric Woerth incarnait jusque là, selon le politologue de Viavoice, François Miquet-Marty, «l’image de la probité du gouvernement».
«Nicolas Sarkozy joue tout sur cette dernière grande réforme, il ne peut pas se permettre de se séparer maintenant d’Eric Woerth, cela mettrait le gouvernement dans une situation très compliquée», renchérit Stéphane Zumsteeg, directeur du département Opinion et recherche sociale d'Ipsos, joint par 20minutes.fr. «Cela ne coulerait pas totalement la réforme des retraites, mais cela rendrait aléatoire son résultat.»
Du côté des syndicats, on estime en revanche qu’une mise sur la touche soudaine du ministre du Travail n’aurait des conséquences «que pour lui». Joint par 20minutes.fr, Eric Aubin, en charge du dossier retraites à la CGT, considère que «si c’est Eric Woerth qui porte le projet, les arbitrages sont faits à l’Elysée». «Le contenu ne changera pas», ajoute-t-il.
Au final, le ministre du Travail pourrait bien passer entre les gouttes selon Stéphane Zumsteeg: «Autant on peut imaginer que des membres du gouvernement qui ont eu des attitudes déplacées, comme Christian Blanc ou Rama Yade, puissent faire les frais du remaniement, autant pour Eric Woerth, ce serait aller vite en besogne, car ce qui lui est reproché pour le moment ne suffit pas.»