Eric Woerth, le travailleur acharné fauché à son arrivée au sommet

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Publié le 28 juin 2010.

PORTRAIT - Le ministre du Travail a vu en quelques instants son long labeur pour franchir les échelons de l'Etat comme de l'UMP réduit à néant...

A 54 ans, et après vingt années passées au service de son parti, il se murmurait qu’Eric Woerth était l’un des candidats favoris au remplacement de François Fillon au poste de Premier ministre. Mais tous ces efforts ont été réduits à néant par l’affaire Bettencourt. Autopsie d’une chute.

Ancien d’HEC et de Sciences Po passé par Arthur Andersen, Pechiney et Bossard Consultants, le futur ministre du Travail, de la Solidarité et de la Fonction publique, s’investit très tôt en politique et au sein du RPR. Il n’a que 21 ans lorsqu'il se présente pour la première fois à une élection à Creil, sa ville natale. Malgré l’échec, il persévère et devient conseiller municipal d'opposition en 1983 à 27 ans, puis maire en 1995, mais de la ville voisine de Chantilly. Eric Woerth suit la voie de son parrain politique, Jean-François Mancel, secrétaire général du RPR entre 1995 et 1997, et président du conseil général de l'Oise pendant près de vingt ans.

Ses mentors: Alain Juppé puis Nicolas Sarkozy

Entré au RPR au début des années 1990 comme spécialiste des questions financières, ce passionné d’alpinisme grimpe les marches une à une: il est nommé directeur financier et administratif du parti à partir de 1993, et secrétaire général de l'association de financement pour la campagne de Jacques Chirac l’année suivante. En 1995, il fait la connaissance d’Alain Juppé, l’un de ses mentors, comme le précise sa page sur le site de l’UMP. Ce dernier lui offre un poste de conseiller parlementaire lorsqu’il est nommé Premier ministre. Elu député de l'Oise en 2002, il fonde dans la foulée le groupe de réflexion «la Boussole», qu’il préside. Ce groupe de 38 députés UMP réformistes apporte son soutien à Jacques Chirac et à Jean-Pierre Raffarin.

Ce dernier s’en souvient en 2004, lorsqu’il le nomme secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat dans son troisième gouvernement. La même année, ce spécialiste des finances est reconduit dans ses fonctions de trésorier de l'UMP par Nicolas Sarkozy, dont il s’est rapproché, tout en demeurant fidèle à Alain Juppé. Maintenu dans ses fonctions de président de l'Association de financement, il s’occupe de la campagne de 2007. A ce titre, cet homme discret à l’allure sobre détient tous les secrets du financement de l'UMP et le nom des donateurs les plus aisés du parti: il est délégué général de l'association Premier Cercle, qui compte plus de 400 mécènes qui déboursent entre 3.000 et 7.500 euros par an afin d'approcher le chef de l'État.

Le pourfendeur des évadés fiscaux

Après l’élection, François Fillon le nomme ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique. Il est chargé de l’épineux dossier de la fusion des directions générales des impôts et de la comptabilité publique, et doit s’occuper du budget des réformes sociales, qu’il mène à bien là où beaucoup s’étaient cassé les dents avant lui. En interne, il devient conseiller politique du parti présidentiel.

Méthodique, opiniâtre et parfois opportuniste, Eric Woerth saisit même l’occasion de séduire encore un peu plus Nicolas Sarkozy: au plus fort de la crise économique à l’automne 2009, il se pose en pourfendeur des évadés fiscaux. Il s’attire ainsi l’admiration des conseillers de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, Claude Guéant et Raymond Soubie, qui le voient bien au poste de Xavier Darcos, qui déçoit.

Un «M. Rigueur» aux accointances floues

La débâcle aux régionales est l’occasion toute trouvée: le 22 mars dernier, le  «Monsieur Rigueur» du gouvernement devient ministre du Travail, de la Solidarité et de la Fonction publique. En tant que tel, il est chargé de mener la réforme la plus importante du quinquennat de Nicolas Sarkozy: celle des retraites. Une occasion pour le chef de l’Etat de mettre son spécialiste des chiffres à l'épreuve.

De nouveau, le travail de ce quinquagénaire à l’air sérieux, voire austère, est apprécié au plus haut niveau de l’Etat. Sa côte de popularité est à son apogée lors de l’annonce de la réforme le 16 juin dernier, mais retombe très vite: le même jour, l’affaire Bettencourt est dévoilée par Mediapart. Et, si Nicolas Sarkozy comme François Fillon lui ont à maintes reprises renouvelé leur confiance depuis la semaine dernière, la belle mécanique s’est enrayée. Eric Woerth, le pourfendeur des évadés fiscaux qui n'en finissait pas de grimper, est stoppé dans son élan par ses accointances. Une longue ascension pour un décrochage fracassant. Mais en alpinisme comme en politique, tant que le dernier piton n’a pas lâché, il est toujours possible de rétablir la situation.

Bérénice Dubuc
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