PS: Des primaires pour du beurre?

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Publié le 2 juin 2010.

DECRYPTAGE – Entre le pacte entre DSK, Martine Aubry et Ségolène Royal et le mode retenu pour organiser la désignation d'un candidat, certains s’interrogent sur leur utilité finale...

«Les primaires, ce n'est pas pour ratifier un pacte entre les anciens ministres de Lionel Jospin.» Manuel Valls a jeté le pavé dans la mare, mardi, alors que le PS avalisait le projet de rénovation d’Arnaud Montebourg. Le député-maire d’Evry dénonçait le revirement de Ségolène Royal, qui s’est habilement immiscée dans le fameux «pacte de Marrakech» passé entre Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn, selon lequel les deux ténors ne se présenteraient pas l’un contre l’autre aux primaires.

Conséquence directe, face à cette nouvelle «configuration politique», le bureau national du parti a retenu l’option d’une organisation tardive des primaires, à l’automne 2011, contre l’avis de Manuel Valls et François Hollande, les deux autres candidats à la candidature. Peu populaires dans l’opinion, ces deux-là ont très peu de chances d’être choisis par les votants face à celui des trois ténors qui se présentera.

Une position assumée par la direction du PS. Les primaires peuvent ainsi «perdre de leur sel médiatique», reconnaît un proche de Martine Aubry, mais elles doivent, avant tout, «servir à gagner la présidentielle, pas à mettre nos divisions au grand jour». Aujourd’hui, on ne parle plus de «concurrence» entre candidats, mais de « collaboration» et de «coopération». Loin du modèle américain où Barack Obama et Hillary Clinton s’étaient livrés une bagarre féroce jusqu’au bout.  

«Une situation paradoxale»

Alors, si les principaux candidats potentiels se neutralisent avant le début du processus, à quoi peuvent servir ces primaires? «C’est vrai que c’est une situation paradoxale, un peu nouvelle, analyse pour 20minutes.fr Rémi Lefebvre, spécialiste du PS. Ces primaires avaient été actées après le congrès de Reims pour réguler la concurrence alors débridée et violente au sein du PS». Entre temps, Martine Aubry a pacifié le parti et Ségolène Royal a perdu des plumes. «L’ironie de l’histoire, c’est qu’au lieu d’être des primaires de choix, ça risque d’être des primaires de ratification» d’une situation donnée, poursuit-il. Finalement, ce ne serait qu’un «simple rituel».  

En plus de «perdre du sel», ces primaires opposant un «gros» candidat à des «petits» candidats pourraient aussi plomber la mobilisation du «peuple de gauche». Arnaud Montebourg tablait sur quatre millions de votants, ce qui aurait donné, comme aux Etats-Unis, un fort élan populaire, une dynamique au candidat choisi. «Le plus étrange, c’est que ces primaires ouvertes risquent de moins intéresser les gens que les primaires pourtant fermées de 2006», note également auprès de 20minutes.fr Gérard Grunberg, politologue spécialiste de la gauche, directeur de recherche au CNRS/Sciences Po.

«Si tout est bouclé, à quoi ça sert?»

Pour lui, c’est moins le pacte tacite passé entre les principaux ténors qui fusillent les primaires que «le verrouillage du processus par le parti». Et de citer le projet socialiste déjà adopté à l’unanimité par le parti, et dont Martine Aubry a fait le socle du programme de 2012. Tout comme les appels répétés et mécaniques à «l’unité» qui doit prévaloir lors de ces primaires. «Est-ce que le jeu est assez ouvert pour que ça ait un sens? Si tout est bouclé, à quoi ça sert?» s’interroge Gérard Grunberg. Selon lui, vu la manière dont les primaires se mettent en place, «c’est une machine pour désigner la première secrétaire du PS». Et aussi «une occasion ratée de renouveau dans la vie politique», tranche-t-il. Ls-les deux politologues estiment que Ségolène Royal peut être encore le caillou qui fait dérailler la machine, malgré ces dernières déclarations. «Elle est trop versatile et imprévisible pour prendre ses paroles pour argent comptant», note Rémi Lefebvre.

Maud Pierron
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