Nicolas Sarkozy et son épouse, Carla Bruni-Sarkozy, quittent leur hôtel  à New York, le 30 mars 2010.
Nicolas Sarkozy et son épouse, Carla Bruni-Sarkozy, quittent leur hôtel  à New York, le 30 mars 2010. - AFP PHOTO/Stan Honda

«Je ne peux pas exclure que ce soit une machination.» La phrase est de Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy. Après avoir refusé de communiquer sur la rumeur qui circulait sur Internet concernant le couple présidentiel au mois de mars, l’Elysée semble avoir changé de stratégie. Mais il n’en est rien, selon Thierry Libaert, directeur scientifique de l'Observatoire international des crises (OIC). Le chef de l’Etat fonctionne avec cohérence: il a dans un premier temps désamorcé la rumeur, et tente désormais de s’assurer une protection pour qu’une telle crise ne se reproduise plus à l’avenir. Décryptage.

«Le problème avec les rumeurs, c’est qu’elles ne reposent sur rien, explique Thierry Libaert. Elles sont intangibles et ne sont donc pas vérifiables. Le fait de les démentir n’est donc pas très efficace, et peut même avoir l’effet inverse et leur donner de l’ampleur, dès lors qu’on ne peut apporter des preuves de ce qu’on avance.»

Première étape: ne pas répondre pour couper court à la rumeur

Ne rien dire pour temporiser, ou intervenir et risquer d’amplifier la rumeur. Nicolas Sarkozy a choisi son camp. A Londres, le 12 mars dernier, il indique d’un air dédaigneux aux journalistes qu’il n’a «pas une seconde, même une demi-seconde, à perdre avec ces élucubrations». Le fait de ne pas répondre est une stratégie de dévalorisation, qui coupe court à la rumeur: l’Elysée tente de changer la perception qu'a le public de cette rumeur en en dévalorisant le porteur et l’instigateur.

Le fait que le conseiller en communication de Nicolas Sarkozy, Pierre Charon, s’est publiquement félicité de la plainte contre X déposée par la société éditrice du Journal du dimanche (groupe Lagardère) pour «introduction frauduleuse de données dans un système informatique», est un des indices de cette stratégie. Cette plainte permet au plus haut sommet de l’Etat de dire que celui ou ceux qui ont propagé cette rumeur étaient mal intentionnés. Dimanche, Pierre Charon affirmait ainsi que l’Elysée enquêtait pour «voir s'il n'y a pas une espèce de complot organisé» dans le but de déstabiliser le président.

Deuxième étape: mettre en garde pour l’avenir

Et, en même temps, la communication présidentielle est passée ce week-end à la deuxième phase. Pierre Charon qui déclare au Nouvel Obs: «Nous faisons de cette ignominie un casus belli. Nous voulons aller jusqu’au bout pour que cela ne se reproduise plus jamais», c’est une «mise en garde contre les ennemis potentiels du président», explique Thierry Libaert.

«Nicolas Sarkozy en est désormais à la stratégie de balisage, du "plus jamais ça ". Il prévient "ne vous amusez plus à ça, car nous ne ferons pas de cadeau à l’avenir, et les châtiments seront exemplaires".» Une façon pour le chef de l’Etat d’anticiper une nouvelle crise de ce type, et de ne plus se retrouver en position défensive en matière de communication.


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