Une jolie tentative de récupération. Mercredi, François Fillon a appelé «ceux que la violence inquiète» à ne pas se «disperser dans leurs votes» dimanche prochain, dans un retour particulièrement remarqué à l’un des fondamentaux de la droite, la lutte contre l'insécurité. Cependant, cette stratégie sécuritaire ne devrait pas être payante.
«C’est un grand classique. Le thème sécuritaire est l’un des leviers majeurs de mobilisation des sympathisants de droite», analyse Frédéric Dabi, directeur du département opinion de l'Ifop. Cependant, si la droite espère toucher une partie de son électorat, qui avait fait part de son mécontentement en votant FN ou en s’abstenant au 1er tour, ce revirement «ne profitera probablement pas à l’UMP», selon Stéphane Zumsteeg, directeur du département opinion et recherche sociale d'Ipsos. «S’il devait profiter à quelqu’un, ce serait plutôt au FN.»
Car ce retour au thème chéri de la droite arrive bien trop tard pour mobiliser les abstentionnistes, note le politologue Stéphane Rozès. «La raison de l’abstention-sanction de dimanche dernier n’est pas à chercher dans le contenu des propositions de l’UMP, mais sur le manque de cohérence perçu dans l’action présidentielle.»
Très sceptique sur l’efficacité du discours, Stéphane Rozès rappelle qu’en outre, la question de l’insécurité civile n’est pas au cœur des préoccupations des électeurs pour les régionales. C’est un autre type d’insécurité, l’insécurité sociale, qui fait mouche. «Dans les huit régions où nous avons posé cette question, ce sont les questions économiques et d’emploi qui arrivent en tête», confirme Frédéric Dabi.
Pour Stéphane Zumsteeg, ce revirement n’aura «pas d’impact» sur le second tour car il a été mis en avant de façon trop maladroite et trop tardive. «En 2002, Jacques Chirac s’était servi de ce thème à très bon escient, en le distillant tout au long de la campagne. Là, c’est différent: le discours sécuritaire arrive comme un cheveu sur la soupe, à 4 jours du scrutin. Ca sent la récupération.»
«Cela renforce l’impression d’une droite paniquée après les résultats du 1er tour, qui cherche n’importe quelle branche à laquelle se rattraper», analyse Stéphane Zumsteeg. D’autant plus que médias et politiques, à l'instar de Marine Le Pen, ont tous souligné qu’il ne s’agit pas là du retour de l’insécurité, mais du retour du discours sécuritaire. Le Front national a ainsi dénoncé le «cynisme du gouvernement sur l'insécurité», qui «tente à trois jours du second tour un nouveau numéro de charme» à ses électeurs.