Ce n’est pas la gauche, ni la droite et pas même les écolos qui devraient arriver en tête du scrutin. L’abstention est en bonne voie pour leur ravir la vedette. Près de la moitié des inscrits sur les listes électorales (47% selon l’Ifop - La lettre de l’Opinion) prévoit en effet de ne pas se déplacer le 14 et 21 mars prochain.
>>Retrouvez notre dossier sur les régionales en cliquant ici
Serpent de mer de la vie politique française, l’abstention devrait mathématiquement être élevée en 2010. «Les régionales de 2004 étaient couplées avec les cantonales, les enjeux étaient donc plus importants», a expliqué à 20minutes.fr Gaël Sliman, directeur général-adjoint de l’institut BVA.
Une campagne riche en polémiques, pauvre en intérêts pour les électeurs
Moins de bulletins à glisser dans l’urne, donc moins de votants? Oui, mais pas seulement. «Il n’y a pas de clivage politique de fond, à la différence de l’échéance de 2004. Il y a de larges recoupements dans les programmes et les têtes de liste de la majorité, qui sont souvent des seconds couteaux, ont refusé d’endosser les thèmes nationaux imposés par le pouvoir». Première victime, le débat sur l’identité nationale. «Les candidats ont bien senti que le thème était plutôt bénéfique au FN. De façon générale, ils ont plutôt tendance à oublier de mettre en avant le bilan du gouvernement».
Les thèmes de campagne se ressemblent et le goût de la polémique les rassemble. Pour se démarquer, les partis ont en effet exploité à outrance les petites phrases, les dérapages et autres coups bas. Mais la stratégie est loin d’être payante. Selon l'Ifop, moins de 15% des personnes interrogées ont discuté de l'affaire Soumaré ou de Georges Frêche la semaine dernière.
Un vote plus conservateur
En conséquence, on s’oriente vers un vote plus conservateur. Il y a une semaine, 65 % des sympathisants de gauche comptaient se rendre aux urnes. Ils n’étaient plus à la veille de l’élection que 54 %, selon l’Ifop - La lettre de l’Opinion. «De façon générale, l’électorat de droite, plus âgé, se mobilise plus que l’électorat de gauche. Il se mobilise également plus que les autres lors des élections intermédiaires, même si certains pourraient choisir de ne pas aller voter en signe de protestation», explique Gaël Sliman.
Un biais bien compris par la gauche. «Il y a beaucoup d'hommes et de femmes en difficulté qui hésitent à voter, je leur dis “l'abstention sert Nicolas Sarkozy et sa politique”», soulignait la dirigeante socialiste Martine Aubry la semaine dernière.
«Abstention boomerang»
D’autant que la première secrétaire a annoncé depuis plusieurs semaines que le PS réaliserait le grand chelem cette année. «Depuis des mois on dit que le scrutin est joué. Cela donne moins envie de se déplacer quand il semble que le scrutin est déjà joué d’avance», prévient Gaël Sliman.
Afin de renverser la vapeur, Nicolas Sarkozy remobilise ses troupes. Il a déclaré souhaiter «que les électeurs de la majorité participent à ces élections». Frédéric Lefebvre, plus direct, a averti les «électeurs de la majorité présidentielle» qu’il fallait se «mobiliser» s’ils ne voulaient pas se «réveiller en ayant mal à la tête», évoquant une «abstention boomerang».
Un effet qui ne devrait cependant pas frapper les prochaines échéances électorales. «Quand les partis politiques proposent des programmes et des candidats intéressants, ça mobilise toujours les électeurs», rappelle Gaël Sliman.
Mots-clés :