Il fut un temps où les triangulaires n'étaient réservées qu'à la droite. C'est toujours le cas, mais à l'orée des prochaines régionales, cette perspective pourrait bien toucher la gauche à son tour.
Dans plusieurs régions, le Parti socialiste (PS) et Europe Ecologie ne sont plus du tout sur la même longueur d'ondes et, depuis le succès des seconds aux dernières élections européennes, les écologistes donnent l'impression de vouloir s'affranchir clairement de leur partenaire traditionnel de gauche.
«Nouvelle voie» ou «même sketch»?
«La question, c'est: est-ce qu'on ouvre une nouvelle voie, ou est-ce qu'on rejoue le même sketch qui a conduit la gauche à trois échecs successifs à la présidentielle ?», s'interrogeait jeudi soir Cécile Duflot dans Le Figaro.
«Il faudra qu'elle explique la signification de tout cela, pourquoi elle expose des régions à la possibilité d'une victoire de la droite», lui a répondu, toujours dans le quotidien, le porte-parole du PS, Benoît Hamon. «Ce serait une étape supplémentaire dans la division de la gauche qui serait sévèrement sanctionnée par les électeurs.»
«Nous ne sommes pas des vassaux»
A l'heure actuelle, plusieurs régions sont menacées même si la secrétaire nationale des Verts réfute ce terme. «Ce n'est pas une menace, c'est un rappel au PS que nous ne sommes pas des vassaux», indique-t-elle dans une interview au Journal du Dimanche, à paraître samedi.
En Poitou-Charentes, Europe Ecologie, qui est crédité de 15% dans les sondages, critique la façon «hyperprésidentialiste» de gouverner de Ségolène Royal à qui la région est promise. De plus, le parti écologiste n'a pas vraiment apprécié que la présidente socialiste sortante ait «débauché» pour sa propre liste trois Verts, aussitôt exclus de leur parti d'origine.
«Il faut vous méfier des contrefaçons»
«Il faut vous méfier des contrefaçons», a lancé jeudi soir Noël Mamère, jugeant que «les socialistes se trompent de cible: plutôt que de s'en prendre à la droite, ils s'en prennent aux écologistes». Yannick Jadot a renchéri, ironisant sur les tracts du PS qui «ne sont plus roses mais verts».
En Rhône-Alpes, Daniel Cohn-Bendit a affiché ses préférences pour un maintien du candidat écologiste Philippe Meirieu face au président socialiste sortant Jean-Jack Queyranne, «quitte à faire gagner la droite». «Le charismatique leader d'Europe Écologie justifie sa position par l'attitude jugée "méprisante" des socialistes», rapporte Le Figaro.
Durcissement de la campagne en vue
En Midi-Pyrénées et Bretagne, les choses ne sont pas plus pacifiques, mais le scénario le plus intéressant se déroulera peut-être en Languedoc-Roussillon où les écologistes devancent la liste «officielle» d'Hélène Mandroux dans les sondages.
Pour affronter Georges Frêche, les socialistes s'inclineraient-ils sous la bannière de Jean-Louis Roumégas, le leader régional d'Europe Ecologie? La fin de campagne s'annonce donc toujours plus crispée et pourrait bien se durcir après des mois passés à éviter les affrontements entre les deux partis de gauche.