Dimanche, le président du MoDem a reconnu qu'il traversait «une période qui n'est pas la plus facile». Un euphémisme puisque le torchon brûle depuis plusieurs mois entre les militants et François Bayrou.
Un choix de listes autonomes critiqué
Premier clash retentissant début janvier: contre l’avis du député des Pyrénées-Atlantiques, les responsables du MoDem acceptent la main tendue par la présidente socialiste de la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal, qui leur offre cinq places éligibles sur ses listes. Il faut dire que la perspective est alléchante alors que François Bayrou a tranché pour des listes autonomes au premier tour, peu susceptibles de déplacer les foules électorales.
Suivent la défection de Nicolas About, président du groupe centriste au Sénat, qui décide de rejoindre la liste UMP de Valérie Pécresse, le départ de membres de l’Ile-de-France pour fonder un nouveau mouvement et le refus des candidats en Languedoc-Roussillon de partir au charbon en signe de protestation.
Un parti construit sur l’incompréhension
«Il n’y a jamais de dialogue d’égal à égal», raconte à 20minutes.fr Alexis Blanc, président «pas encore suspendu» du MoDem en Charente-Maritime, qui justifie son départ sur les listes de Ségolène Royal. «Il n’y avait aucune organisation pour les élections, aucune direction pour la suite. L’impression, c’est que les régionales sont juste une étape à passer. On limite la casse et après on parle présidentielle.»
Le parti serait alors bâti sur une incompréhension entre un président dévoré par ses ambitions présidentielles et des militants rêvant d’une nouvelle politique. Jean-Luc Bennahmias, vice-président du MoDem, juge ainsi «illusoire» les rêves de démocratie interne de militants «candides». «Le parti est un tremplin pour la présidentielle. Ceux qui pensaient le contraire n’ont rien compris», explique à 20minutes.fr l’ancien Verts.
Des choix stratégiques handicapant pour la suite
«Les adhérents ont été séduits par Bayrou en 2007, mais avec la perte de vitesse du parti et les scores médiocres aux élections, il est de plus en plus difficile d’accepter ce manque de démocratie interne», analyse pour 20minutes.fr Pierre Bréchon, professeur à l’IEP de Grenoble.
Et pour le spécialiste des partis centristes, il est quasi certain que le président du MoDem ne réitérera pas le score de 2007. «Il faudrait que Bayrou soit légitime et soutenu par une force structurée, par un socle d’élus, avec des ressources financières. Mais tout cela ne va pas se faire tout seul» avant 2012 d’autant que les choix stratégiques ne sont pas les bons, analyse Pierre Bréchon. «En France, il est impossible pour un parti de survivre quand on n’est pas dans une coalition. Les élus UDF le savaient et c’est pour cela qu’ils ne l’ont pas suivi».
Au sein du MoDem, on assure cependant que le parti va passer l’épreuve des régionales sans encombre et «ceux qui voudront nous soutenir pourront nous rejoindre», promet Jean-Luc Bennahmias. Même son de cloche pour Alexis Blanc: les MoDem, dissidents ou non, seront «probablement rabibochés avant l’été». Une paix d’apparence qui tiendra jusqu’en 2012?