«Le poste juste pour un homme juste». Fait assez remarquable, la nomination de
Didier Migaud à la
tête de la Cour des comptes est unanimement saluée. Ses désormais anciens collègues députés, qu’ils soient de droite comme de gauche, ne tarissent pas d’éloges à l'égard de cette figure de la commission des finances de l’Assemblée nationale.
«Un sérieux sympathique», selon Fabius
«Il a su défendre des idées très fortes, notamment en critiquant les niches fiscales, tout en gardant un savoir-faire relationnel» au sein de commission, renchérit pour 20minutes.fr le
député PS Jean Launay, secrétaire de la Commission des finances.
Le discret Didier Migaud, âgé de 57 ans, «est un sérieux sympathique. En général, on est l'un ou l'autre. La combinaison des deux est rare», explique l'ancien Premier ministre socialiste Laurent Fabius dont il est un proche.
Spécialiste des arcanes budgétaires, Didier Migaud s’est beaucoup fait entendre sur la question de l'
exonération des heures supplémentaires, un volet du paquet fiscal qu'il critique invariablement. Ce qui n’a pas empêché Nicolas Sarkozy de le saluer publiquement lors des voeux aux parlementaires, une marque réservée à peu d’élus, surtout à gauche.
«Père» de la Lolf
Le député avait su modérer ses attaques dans des moments de tension potentielle avec le pouvoir, comme lors de l’affaire
Bernard Tapie, contre qui le député n’avait pas cherché à ferrailler. Il avait aussi montré qu'il pouvait travailler en bonne intelligence avec la droite, faisant par exemple cause commune dans la lutte contre l'évasion fiscale.
Juriste de formation, le député s’est peu à peu spécialisé dans les comptes publics au fil de sa carrière. De 1997 à 2002, sous le gouvernement Jospin, il était rapporteur général du budget et, de 2002 à 2007, il occupait le très convoité poste de questeur de l'Assemblée nationale. En 1997, Didier Migaud a également été rapporteur général du Budget et «père» de la Lolf (loi organique, nouvelle architecture des lois de finances) avec le sénateur UMP Alain Lambert. Il avait également l’oreille de la première secrétaire du PS Martine Aubry comme conseiller aux finances et à la fiscalité, depuis décembre 2008.
«Didier Migaud n’est pas aussi connu que Philippe Séguin, mais il a des qualités indiscutables
Son départ de la présidence «n’était pas une vraie surprise. C’est plutôt un aboutissement. Didier Migaud s’est beaucoup investi dans ses responsabilités locales, nationales et au sein de la vie parlementaire. Je ne peux pas dire qu’il en avait fait le tour, mais c’est une sorte de promotion, un autre itinéraire», décrypte pour 20minutes.fr
Michel Destot, député socialiste de l’Isère, tout comme Didier Migaud.
Réélu constamment depuis 1988, le député de l'Isère a effectivement cumulé les fonctions. Outre ses responsabilités à l’Assemblée, il est maire de
Seyssins et occupe le poste de président de la communauté d'agglomération Grenoble Alpes Métropole depuis 1995. Des postes qu’il va abandonner pour embrasser la carrière de magistrat. Un changement radical qui se double d’une succession difficile à assumer à la tête de la Cour des comptes.
«Didier Migaud n’est pas aussi connu que
Philippe Séguin, mais il a des qualités indiscutables. Il s’est constitué des réseaux et il a suffisamment d’expérience», assure Michel Destot. «Il arrivera facilement à entrer dans la peau du personnage. Il travaillera selon sa méthode, mais ne s’acharnera pas à dissoudre les acquis de Séguin», explique Jean Launay.