POLITIQUE - Ils votent des lois sur Internet, mais surfent pourtant très rarement...
Jeudi, les députés ont voté à l’Assemblée nationale un amendement punissant l’incitation aux jeux dangereux, notamment sur Internet. Objectif: empêcher la publication de texte ou de vidéos prônant les mérites du jeu du foulard, du jeu de la tomate ou encore du petit pont massacreur.
Contacté par 20minutes.fr, Philippe Goujon, député UMP de Paris, a néanmoins du mal à expliquer le fonctionnement du texte. Quand on l’interroge sur la possibilité de s’attaquer à des contenus publiés à l’étranger et/ou sur une plate-forme étrangère, comme Facebook, il répond: «Tout ce qui est diffusé peut-être l’objet d’une interdiction. Que ce soit étranger ou non, à partir du moment où c’est diffusé en France». Sans compter qu’il confond fournisseur d’accès et hébergeur...
«C’est ridicule de penser qu’on va pouvoir faire supprimer des choses en Russie ou aux Etats-Unis», tranche Jean-Marc Manach, journaliste et blogeur.
«Un avant et un après Hadopi»
Pour la défense de Philippe Goujon, ce n’est pas le seul parlementaire à se perdre dans les méandres du Web. En avril 2009, en pleine discussion sur la loi Hadopi, le site Bakchich s’était rendu à l’Assemblée nationale pour poser une simple question aux députés... «C’est quoi le Peer-to-Peer?». «Les réponses vont du pire au pire», s’amuse le site Internet. A vous de juger:
Jean-Marc Manach, contacté par 20minutes.fr, estime qu’il y a néanmoins eu «un avant et un après Hadopi». Depuis ce texte, «quelques députés commencent à être formés», poursuit le journaliste. Mais il reconnaît qu’ils ne sont, au maximum, que quelques dizaines.
Des lois non applicables
«Le problème qu’on a avec le net, c’est que les gens qui légifèrent ne sont pas des internautes, souligne Jean-Marc Manach. Le filtrage pédophile, par exemple, c’est contre-productif et ça ne changera rien au problème. Pourtant, ceux qui le voteront seront persuadés de faire un grand pas», poursuit le journaliste.
De la bonne volonté, donc, mais aussi l’objectif de se faire bien voir par l’opinion publique. «Ils font passer des lois pour montrer qu’ils sont actifs», explique Jean-Marc Manach. L’idée est donc de rassurer l’électeur, qui, lui non plus, n’y connaît pas forcément grand chose. Pourtant, une grande partie de ces lois n’auront pas de décret d’application, tout simplement parce qu’elles ne sont pas applicables, comme celle sur la surveillance de l’Internet, qui date déjà de... 2001.
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