CLEARSTREAM - Vu comme une alternative à Nicolas Sarkozy, un second procès pourrait lui mettre des bâtons dans les roues...
«Désaveu», «revers», «claque», «camouflet», «coup de semonce»: ce vendredi matin, la presse nationale était unanime sur
le jugement Clearstream et les conséquences de la relaxe de Dominique de Villepin sur Nicolas Sarkozy.
Pour tous, l’horizon de l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac s’éclaircissait pour 2012. A la sortie de l’audience, il s’était d’ailleurs déjà dit prêt à «
servir les Français».
«Pas en 2012» mais «en 2010», a-t-il précisé sur un ton plus offensif au journal télévisé de France 2 à 20h. «Je veux offrir une alternative à une politique» qui «ne donne pas de résultat» et «comme gaulliste» «me situer au-delà des clivages partisans». Il était donc le seul à se poser en alternative à Nicolas Sarkozy.
«Sarkozy vient de m'offrir une tribune»
Mais le triomphe aura été de courte durée: Dominique de Villepin,
visé par un appel du parquet moins de 24h après sa relaxe, devra comparaître dans un nouveau procès Clearstream, prévu dans un an, à la veille de la campagne pour la présidentielle, «fin 2010 voire début 2011» selon les dires du procureur Jean-Claude Marin.
Dominique de Villepin ne semble pas pour autant déprimer. Christophe Jakubyszyn, rédacteur en chef de la radio RMC sur laquelle l’ancien Premier ministre est intervenu ce vendredi matin, raconte sur Twitter qu’en coulisse de son intervention, il aurait déclaré: «
Sarkozy vient de m'offrir une tribune et un second blanchiment en pleine campagne présidentielle».
«Personne n'en sort grandi»
Pour le politologue Stéphane Rozès, président de Cap (conseil, analyse et perspective), avec cet appel, «il y a une relance du choc frontal entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy.» «C'est risqué pour les deux», estime-t-il. «Dominique de Villepin avait intérêt à passer de la séquence judiciaire à la séquence politique, avec la posture de s'adresser non pas aux juges ou à Nicolas Sarkozy, mais à l'ensemble du pays. De son côté, avec l'appel, Nicolas Sarkozy entretient dans l'opinion l'idée que Dominique de Villepin est dans une situation de victime. Ce n'est pas sans péril pour le président.».
Un procès en appel, qui pourrait avoir une issue beaucoup moins clémente que la première instance, pourrait donc nuire autant à Dominique de Villepin (en cas de condamnation), qu'à la réputation du chef de l'Etat. «C'est une stratégie risquée», estime Stéphane Rozès, «à la fois dans l'opinion et dans la majorité, car cela laisserait à penser que Nicolas Sarkozy est sûr de l'issue du jugement. Quant à Dominique de Villepin, il a une épée de Damoclès au-dessus de la tête.» «Personne n'en sort grandi», conclut-il.
Oriane Raffin