Rama Yade, pourquoi dérange-t-elle la droite?

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Publié le 27 octobre 2009.

POLITIQUE - Ses prises de positions et son franc-parler la rendent populaire aux yeux des Français, mais agacent ses confrères...

Elle l'a toujours dit, Rama Yade refuse d'être là pour «colorer la photo». Alors, pour mieux échapper au rôle de jolie potiche et d'alibi diversité, elle est devenue celle qui dit non, celle qui refuse, celle qui n'est pas d'accord. Protégée par sa popularité (elle est la politique préférée des Français), elle agace au sein du gouvernement et de la majorité et pourrait finir par payer cher son refus de rentrer dans le rang.

«Elle a son caractère. Elle a son tempérament, mais au bout du compte, elle est toujours disciplinée», relativise Patrick Devedjian ce mardi sur Europe 1, en écho à la dernière frasque en date de sa jeune consoeur. Après avoir exprimé son refus d'un «parachutage ethnique» dans le Val-d'Oise pour les régionales, celle qui rêve de s'implanter durablement dans les Hauts-de-Seine a en effet fait un petit pas en arrière en promettant qu'elle était prête à se présenter là où elle serait «le plus utile».

«Elle a intérêt à être très, très forte»

Mais au sein de la majorité, la pilule ne passe pas. «On peut avoir ce genre d’exigence quand on a fait le parcours à pied, pas quand on est venu en voiture de luxe avec chauffeur», s'outrait récemment dans Libération un député UMP. Car depuis le premier refus de la secrétaire d'Etat, en décembre 2008, de se présenter aux européennes, nombreux sont ceux qui dénoncent ses caprices.

«Elle ne doit pas oublier que Sarkozy l'a créée. Si elle veut creuser son propre sillon, très bien, mais elle a intérêt à être très, très forte», l'a avertie un de ses collègues du gouvernement. Une façon de l'inviter à prendre part au bal des courtisans, ce qui ne semble pas faire partie des projets de Rama Yade. Car dans le concert de louanges chanté en choeur par les membres du gouvernement à l'adresse d'un Jean Sarkozy malmené, la secrétaire d'Etat l'a encore joué solo.

«Invivable»

«Il ne faut ne pas donner le sentiment qu'il y ait une coupure entre les élites qui se protégeraient, pour lesquelles il y a une justice des puissants, et les petits, pour lesquels la justice est sévère», a prévenu Rama Yade. Un franc-parler empreint de bon sens populaire qui rappelle sa toute première saillie. A l'heure où l'opinion publique voyait d'un mauvais œil la réception en grande pompe de Mouammar Kadhafi, elle avait été la seule à rompre le silence assourdissant.

Cette fois Rama Yade a eu beau se rétracter en dénonçant une «instrumentalisation de ses propos», la coupe pourrait bien être pleine. Nicolas Sarkozy ne pardonne pas, et n'en peut plus de sa créature, qu'il juge «invivable», selon le magazine Marianne. Pourtant, du côté du secrétariat d'Etat aux Sports, on affirme à 20minutes.fr que «tout va bien», et que rien n'est décidé pour les régionales. L'entourage de Rama Yade a même affirmé que Nicolas Sarkozy «la félicite régulièrement pour son travail».

«Sa forte popularité fonctionne comme un bouclier»

Mais la cote de popularité que Rama Yade tire de ses prises de positions ne lui garantit pas d'être éternellement intouchable. «Elle est appréciée car c'est une rare ministre qui a dit non à Sarkozy», a expliqué à l'AFP le politologue Frédéric Dabi. Une position de politique préférée des Français qui la rend intouchable. «Pour le moment, sa forte popularité fonctionne comme un bouclier, mais elle est révocable à tout moment», a-t-il cependant prévenu.

La réunion d’investiture des têtes de liste UMP pour l’Ile-de-France, où le cas de Rama Yade devait être évoqué lundi soir, a été reportée, officiellement pour une question d’agenda incompatible avec l’activité parlementaire. Dans le même temps, le porte-parole adjoint de l'UMP, Dominique Paillé, lui a lancé un rappel à l'ordre implicite, en lui demandant de «jouer collectif». Un vocabulaire emprunté au monde sportif, comme pour rappeler à l'insolente que ses sorties lui ont déjà coûté son secrétariat d'Etat aux Droits de l'homme, et qui sonne comme la menace d'une nouvelle rétrogradation.
Julien Ménielle
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