ENTRETIEN - La politologue Sophie Duchesne revient sur la notion d'identité nationale...
Eric Besson veut lui donner une
définition claire, au niveau nationale,
en lançant un grand débat. Mais d'où vient ce concept d'identité nationale? Quel rôle a-t-il joué en politique?
Sophie Duchesne, chercheuse en sciences politiques au CEVIPOF revient sur ces questions.
Comment peut-on définir l’identité nationale?
C’est une notion qui n’est pas simple. Plusieurs choses entrent en jeu. Sur le plan du système politique et de l’Etat-nation, c’est la façon dont l’Etat essaie d’influencer ce qui est commun à l’ensemble des citoyens. Dans un sens plus large, ce sont les conflits, les débats d’idées pour
faire émerger une définition du futur de la nation. Au niveau individuel, c’est aussi la question de savoir comment les gens sont réceptifs à la nation, comment ils s'y identifient.
Quels critères entrent en ligne de compte?
Il y a une tension entre les critères passés et futurs. La nation, pour certains, se définit par le passé. Mais l’histoire n’est pas une science exacte, donc cela crée des conflits. Cette perception correspond plutôt à une perception de droite. A l’inverse, la conception basée sur le
futur s’intéresse à ce que l’on veut faire de la nation. C’est plutôt une optique de gauche, même si la gauche hésite à employer le mot d’identité nationale car la notion est connotée de droite.
Faire surgir l’identité nationale dans un débat politique, c’est nouveau?
Non. La construction des démocraties de masse et des nations se sont faites ensemble. Au 19ème siècle, en France, on a connu un vrai conflit pour savoir si la nation devait s’appuyer sur le catholicisme ou sur la république.
L’identité nationale est très mouvante, et elle a toujours été l’objet d’une compétition politique. C’est assez étrange en revanche qu’un ministre s’en empare aujourd’hui. C’est surprenant qu’on veuille bloquer, figer une définition de l’identité nationale, en donner une image, à l’initiative du gouvernement. La notion d’identité nationale se rattache en effet plutôt à un débat, auquel tout le monde peut participer en même temps. Si le gouvernement l’organise, tout le monde ne sera pas pris en compte de la même façon. L’idée qu’on puisse fixer quelque chose depuis le gouvernement peut-être contradictoire avec l’idée même d’une identité nationale.
Propos recueillis par Oriane Raffin