POLITIQUE - Vincent Peillon a exhorté le PS à ne pas «se fixer d'interdit», y compris pour le premier tour...
Premier ou second tour?
La prise de position de Vincent Peillon cette semaine ne tombe pas par hasard. Au cours d'un bureau national, le PS a décidé de fixer comme priorité «le rassemblement de la gauche et des écologistes». La venue d'autres partenaires est reporté au second tour, «une fois seulement la gauche rassemblée». Or Vincent Peillon envisage de son côté des alliances dès le premier tour, à l'instar de ce qui fut fait par les socialistes lyonnais ou grenoblois aux municipales.
Une perspective rejetée par la direction du PS, qui privilégie une approche globale pour éviter des alliances au cas par cas. C'était notamment le sens du discours de Martine Aubry à La Rochelle, où elle avait demandé au Modem de se positionner clairement au niveau national quant à la possibilité de soutenir les listes de gauche. Une position qu'elle a
reformulée à la Fête de l'Humanité: «Si François Bayrou dit qu'il n'est plus de droite, je n'ai pas encore pu vérifier qu'il était à gauche».
Quels sont les avantages escomptés?
Un score maximum au premier tour. Vincent Peillon utilise pour le Modem les mêmes arguments que le PS dans ses discussions avec ses partenaires de gauche: puisque les partis ont gouverné les régions en bonne intelligence avec les socialistes, pourquoi refuseraient-ils de s'allier avec eux dès le premier tour? Il prend notamment l'exemple de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, où le Modem Jean-Luc Benhamias est resté vice-président de région après avoir quitté les Verts. L'objectif est de mordre dès le départ sur l'électorat UMP, pour maximiser le score au soir du premier tour, et miser sur la dynamique politique qui en découlera. Quitte à courir le risque d'un mauvais report de voix à gauche. A titre d'exemple, aux municipales de Grenoble, la liste PS-Modem n'avait récupéré que 5,3% des 13 % qui s'étaient portées sur les listes de gauche. Les Verts s'étaient toutefois maintenus au second tour, cas de figure impossible aux régionales.
L'autre option, celle prônée par le PS, est une «convergence des démocrates contre Sarkozy au deuxième tour», comme
l'explique Jean-Christophe Cambadélis sur son blog en réponse à l'interview de Vincent Peillon. Dans l'optique du PS, l'arrivée du Modem ne pourrait venir qu'après que le PCF et les Verts aient réussi à trouver un accord avec le PS. Charge alors au Parti socialiste, si c'est lui qui est arrivé en tête aux régionales, de convenir d'une plate-forme qui attire le parti de François Bayrou sans faire fuir ses autres partenaires.
Quelles sont les pertes possibles?
Un mauvais report de voix à gauche. Le revers de la médaille, c'est qu'une stratégie d'alliance avec le Modem pourrait compromettre la stratégie de rassemblement de la gauche. Marie-George Buffet a exposé son analyse: se tourner vers le Modem, c'est «aller droit à la défaite». Du côté de Jean-Luc Mélenchon, l'analyse est la même. Avec en plus la possibilité de travailler avec le NPA d'Olivier Besancenot pour «ne pas se laisser enfermer dans un vis à vis avec le PS». Mais bien avant, il faut déjà rassembler... le parti socialiste. Les partisans de Benoît Hamon, porte-parole du parti, ne font pas mystère de leur hostilité.
Quelles sont les régions où un tel accord est possible?
Difficile à dire. Vincent Peillon cite notamment l'exemple de la PACA, où les communistes n'ont pas remis en cause la présence dans l'exécutif régional de Jean-Luc Benhamias lorsqu'il a quitté les Verts pour le Modem. Dans le Rhône, le président sortant Jean-Jack Queyranne a nommément évoqué une «coalition arc-en-ciel», incluant le Modem. Et dans de nombreuses régions, certains accords PS-Modem existent, comme à Lille, où le président du Modem Olivier Henno est premier vice-président de la Communauté urbaine sous l'autorité de Martine Aubry. La diversité des situations locales - en Aquitaine en 2004, François Bayrou avait ainsi opté pour le candidat UMP Xavier Darcos - risque d'avoir des difficultés à s'accomoder d'une directive nationale, comme le souhaiterait le PS.
Qu'en pense le Modem?
Il regarde un peu ailleurs. Pour le moment, le parti de François Bayrou cherche plutôt à se tourner vers... Europe-Ecologie. Des discussions ont ainsi été
entamées en région PACA. Des personnalités du parti comme Corinne Lepage ont également
plaidé pour un rapprochement avec Europe-Ecologie. Et François Bayrou a estimé dans une entretien au Monde qu'un rapprochement était possible «dans certaines régions». Pour le moment, les Verts ont repoussé cette possibilité, sans exclure de s'allier ponctuellement avec des composantes du Modem comme Cap 21, le parti de
Corinne Lepage. Une stratégie que Daniel Cohn-Bendit dénonce comme un «sectarisme latent». Le danger d'une telle alliance pour le PS, c'est qu'elle fait peser un risque pour le parti d'être devancé au premier tour dans son leadership sur la gauche.
E.J.