La taxe carbone, un enjeu très politique

POLITIQUE Difficile à situer sur l'échiquier politique, la taxe provoque inquiétudes, tensions, et grognements...

Oriane Raffin

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Pour la deuxième journée consécutive, des pollutions de l'air ont été enregistrées dans plusieurs régions en France, se traduisant notamment par l'obligation faite aux automobilistes de réduire leur vitesse, selon les autorités.

Pour la deuxième journée consécutive, des pollutions de l'air ont été enregistrées dans plusieurs régions en France, se traduisant notamment par l'obligation faite aux automobilistes de réduire leur vitesse, selon les autorités. — Jean-Christophe Verhaegen AFP/Archives

Ca grogne à droite, ça grogne à gauche, ça s'enthousiasme aussi, des deux côtés. La taxe carbone ne laisse pas indifférent, mais sème le trouble dans le paysage politique français. «La taxe carbone est un enjeu politique qu'on n'arrive pas à classer dans le traditionnel clivage gauche/droite. C'est un impôt, donc plutôt de droite; ça concerne l'environnement, donc plutôt de gauche. Et pourtant, c'est l'inverse qu'il se passe», note Daniel Boy, chercheur au Cevipof.

Tout le monde surfe sur le vague «verte». Depuis 2007, environnement et écologie sont sur toutes les lèvres. Si les partis politiques ont tardé à mettre ce thème dans leurs programmes, les résultats des élections européennes, avec le très bon score d'Europe écologie, ont achevé de les convaincre. Pourtant, les questions restent. «Historiquement, il y a toujours eu une tension entre économie et écologie. C'est une chose de voter écolo, mais c'en est une autre de voir sa facture augmenter», explique Daniel Boy. Et dans le cas de la taxe carbone, il est clair que les ménages seront obligés de mettre la main à la poche. Ce qui n'emballe pas tout le monde.

A droite, oui mais...


Si l'initiative de la taxe carbone, préconisée par le Grenelle de l'environnement, revient finalement au gouvernement, les modalités de son application ne sont pas encore claires.

Yves Jégo, député UMP, est pour le projet. Pour deux raisons: parce qu'il s'agit d'un engagement de campagne de Nicolas Sarkozy, mais aussi parce que c‚est un geste important pour les générations futures.

De son côté, le chef du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Jean-François Copé, marche sur des oeufs. «Je ne suis pas hostile au principe de la fiscalité écologique [...]. Mais il ne faut pas se tromper de cible. Par exemple, le bonus-malus pour les voitures propres est une excellente mesure car c'est incitatif», explique-t-il sur LCI. Autant dire que les députés UMP ne voteront pas en «fermant les yeux» le texte de loi. «Ce que disent les instances, c'est autre chose que le député de base qui a des électeurs», souligne Daniel Boy, chercheur au Cevipof.

Certains députés grincent déjà des dents, à l'instar de Lionnel Luca, qui a confié à 20minutes.fr que la taxe carbone était une «fausse bonne idée». «On ne peut pas sanctionner les Français sans leur proposer d'alternative réelle». Pour lui, il s'agit simplement d'«une taxe de plus et le millefeuille fiscal n'en est que plus indigeste».

A gauche, oui, non, mais...

«Au PS, ils ne savent pas comment se positionner», note Daniel Boy, du Cevipof. Après quelques jours de cafouillage, le Bureau national s'est exprimé, ce mardi, à la quasi-unanimité, en faveur d'une contribution climat énergie... qui n'est pas la taxe carbone du gouvernement. Contactée par 20minutes.fr, Laurence Rossignol, secrétaire nationale de l’Environnement au PS, détaille: «On veut que la contribution, quelque soit son nom, concerne également l'électricité, avec un droit nouveau, des mesures d'accompagnement et plus de redistribution» des revenus générés par la taxe auprès des ménages.

Benoît Hamon, le porte-parole du PS, explique lui aussi vouloir une taxe écologique, mais pas celle proposée par le gouvernement: «Ce projet est très en deçà des exigences en matière d'environnement et parfaitement injuste sur le plan social».

Mais Ségolène Royal sème le trouble. La présidente de la région Poitou Charentes affiche son opposition nette à la contribution climat énergie. «Sa position est extrêmement marginale, souligne Laurence Rossignol, même Manuel Valls et la député socialiste Aurélie Filippetti, des proches de Ségolène, ont rappelé qu'il ne fallait pas céder à la facilité du discours anti-impôt...» Ce que dénonce Delphine Batho, proche de Ségolène Royal, jointe par 20minutes.fr: «Plusieurs personnes allaient dans le sens de Ségolène Royal. On ne peut pas faire comme si ce point de vue était isolé!.» Elle s'étonne ainsi d'un «compte-rendu du bureau national totalement inexact», qui la présente comme la seule à s'opposer au projet... Seul point d'accord chez les socialistes, apriori, la décision de créer un groupe de travail sur le sujet. «L'enjeu est essentiel, souligne Delphine Batho, mais il ne faut pas limiter le débat à la fiscalité!».

Diviser pour mieux régner?

Autant de voix dissonnantes montrent que la gauche ne sait pas comment se positionner sur la taxe carbone. Nicolas Sarkozy réagit au quart de tour, en profitant de la zizanie pour appuyer les tensions PS/Verts. «Sarkozy enfonce immédiatement un coin entre le PS et les Verts», note Dominique Boy, «Ce qui est impressionnant, c'est sa rapidité. Il constate un désaccord, il invite quasiment le lendemain Cécile Duflot pour une rencontre. C'est malin.»

«La stratégie de Nicolas Sarkozy c‚est la division», note-t-on au Parti socialiste, «il veut essayer de trouver un accord avec les Verts pour mettre en porte-à-faux le PS et les Verts. A mon avis, c'est un peu vain comme exercice...». «Ce n’est pas une attitude très républicaine», souligne Laurence Rossignol, «un président qui souhaite consulter toutes les formations politiques aurait pu convier tout le monde...»

Dans l'entourage de Cécile Duflot, on confirme ce rendez-vous, qui aura lieu à 18h30, jeudi. La secrétaire nationale des Verts sera accompagnée de Jean-Paul Besset, député européen d‚Europe écologie, proche de Nicolas Hulot, qui a participé au Pacte écologique de ce dernier. Nicolas Sarkozy devrait trancher sur la taxe carbone le lendemain de cette rencontre, c’est-à-dire vendredi. «On y va pour parler du fond, d'une question extrêmement importante pour l'avenir. Les petites manoeuvres politiques ne m'intéressent absolument pas», résume le député européen, contacté par 20minutes.fr.
 

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