La Rochelle, souviens-toi l'été dernier [L'année du parti socialiste 1/4]

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Publié le 24 août 2009.

POLITIQUE - Avant l'université d'été de La Rochelle, premier épisode de notre fresque sur la drôle d'année du Parti socialiste...

Une université d'été du Parti socialiste avant un Congrès, c'est toujours un peu particulier. Encore plus quand celui à venir, le premier de l'ère post-Hollande prévu à Reims, s'annonce des plus indécis. A la fin de l'été 2008, chacun fait route dans son coin: Hollande, Delanoë, Aubry, Royal, chacun a sagement déposé dans son coin sa contribution, ces textes préparatoires au congrès. Et pour le moment aucune alliance ne s'ébauche, mais un duel se dessine: Bertand Delanoë-Ségolène Royal.

Qu'est-il resté finalement de cet été dernier dont les socialistes puissent se souvenir aujourd'hui? Sans doute la question des primaires, qui fait une de ses premières apparitions - remarquée - à La Rochelle. Et où déjà les uns et les autres commencent à discuter: sceptique côté Delanoë, mitigé chez Fabius, enthousiaste chez Montebourg, Moscovici et Guérini, qui, chacun dans leurs camps respectifs, en font un axe de leur campagne interne.

Pour le reste, comme souvent à La Rochelle, tout va se jouer dans les coulisses, c'est-à-dire sur le port et ses restaurants, sorte de croisette socialiste, où les discussions se nouent et se dénouent. Et où les uns et les autres mettent en scène leurs rapprochements.

Acte 1, la réconciliation.
Pour sa dernière année en tant que premier secrétaire, François Hollande est bien décidé à rester au centre du jeu. Et il va commencer d'entrée, le vendredi midi en mettant en scène sa réconciliation avec Ségolène Royal. Il va faire un tour au restaurant L'Aquarium, au déjeuner des présidents de région, auquel participe l'ancienne candidate à la présidentielle. Au milieu, Alain Rousset, président de région Aquitaine, joue les utilités.



En privé, un des lieutenants de Hollande rêve d'intégrer Royal à un «axe majoritaire», qu'il constituerait avec Delanoë. Une solution que préconiseront certains partisans de Royal comme le maire de Dijon François Rebsamen.

Acte 2, Hollande-Delanoë, c'est du sérieux. 
C'est au même endroit, peu de temps après, que François Hollande et Bertrand Delanoë s'attachent à mettre discrètement en scène leur rapprochement, en allant s'afficher ensemble lors d'un café. «Il n’y a ni combinaison ni rapprochement. Il est normal que les gens se parlent, je suis pour rassembler tous ceux qui finalement pensent la même chose», expliquera ensuite celui qui est encore le premier secrétaire du PS.
En aparté, ses lieutenants racontent autre chose. «Les delanoïstes veulent faire croire que c’est eux qui nous font venir, mais François reste maître de ses cartes», dit l'un d'entre eux, préfigurant les difficultés à venir entre les deux groupes pendant la campagne du congrès.

Acte 3, Moscovici arnaqué. C'est un des «débats» qui a agité le petit monde socialiste durant le week-end de La Rochelle: le courant Strauss-Kahn se rangera-t-il derrière Martine Aubry? D'un côté, Jean-Christophe Cambadélis, artisan de l'alliance entre les amis de Fabius et ceux de Strauss-Kahn, penche dans ce sens. De l'autre, Pierre Moscovici a annoncé sa candidature au poste de premier secrétaire, et ne veut pas y renoncer. De plus, le député du Doubs ne goûte guère l'alliance avec les partisans de Laurent Fabius, avec qui il est en désaccord sur l'Europe.

Arnaud Montebourg, qui a rallié les deux hommes, joue les traits-d'union pour maintenir tant bien que mal l'unité du groupe. Mais lors d'une réunion de courant le vendredi soir, Moscovici a le malheur de laisser échapper qu'il ne faisait pas de sa candidature «un préalable». Ni une ni deux, Cambadélis fait son service après-vente bien à lui, disant à qui veut l'entendre que Moscovici s'est rallié à une candidature Aubry. Et le samedi, coup de grâce: Moscovici, seul à une terrasse voisine, regarde son compère Cambadélis, puis Martine Aubry, puis Laurent Fabius, puis Arnaud Montebourg partager un repas auquel il n'est pas convié. Evidemment, les photographes sur place ne perdent pas une miette de ce moment de solitude:



Bonus caché: Cambadélis, le même qui assurait la veille «Pierre et moi sommes en contrat exclusif jusqu'à 2011», aperçoit Moscovici par la fenêtre du restaurant. Et selon «le Point», il lui envoie un SMS sobrement intitulé: «Casse toi»...

Acte 4, Moscovici, la contre-attaque.
Le soir même, Moscovici ne s'en laisse pas conter, et annonce qu'il a rallié les Strauss-kahniens à Jean-Noël Guérini et Gérard Collomb, auteurs avec Manuel Valls d'une contribution baptisée La ligne claire, dont le grand engagement est... des primaires ouvertes. Evidemment, toute cette conférence de presse a lieu sur une terrasse du port, à quelques mètres de l'endroit où s'est déroulé le fameux déjeuner de l'acte 3:



Cambadélis laisse dire, se contentant d'évoquer de simples «nuances», pendant que Moscovici promet d'être «très sévère avec Martine». Tellement qu'il refuse de se rallier à elle et préfère Delanoë, lorsqu'il lui faudra choisir. De son côté, Royal s'est elle contentée du minimum, à savoir le discours inaugural en tant que présidente de région. Quant à Benoît Hamon, le futur troisième homme du congrès, il a engagé l'unification de l'aile gauche du parti, en recevant le soutien de Marie-Noëlle Lienemann.

>> Prochain volet demain: le Congrès de Reims, la somme de toutes les peurs
Emile Josselin
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