HADOPI - Quand l'une montre les dents face aux députés, l'autre sourit. Une répartition des rôles étonnante mais efficace...
A l’Assemblée nationale, Michèle Alliot-Marie, la ministre de la Justice, tonne aussi fort que Frédéric Mitterrand, son homologue à la Culture et la Communication, se gausse. Leur binôme, complémentaire, fonctionne à plein
depuis le début de l’examen du projet de loi Hadopi 2 par les députés, mardi. Qui l’aurait cru, alors qu’ils ont la — lourde — charge de porter, pour le gouvernement, le projet de loi
Hadopi 2?
Quand Michèle Alliot-Marie prend la parole au perchoir, elle commence par boutonner sa veste. Puis dégaine l’artillerie. Des protestations s’élèvent dans les rangs de l’opposition? Elle les cloue sur place: «Cela ne sert à rien de hurler car le débat aura lieu de toute manière. Vous allez m’interrompre vingt secondes mais vous ne m’empêcherez pas de parler pour autant». Au besoin, elle en remet une couche: «Prenez garde à ne pas devenir aphones, à force de crier autant! Vous savez, j’ai l’avantage du micro…»
Différence de style avec Frédéric Mitterrand qui, lui, se laisse plus souvent interrompre par les piques du groupe socialiste. Ou s’en amuse, riant parfois à gorge déployée. Ou se croit obligé d’y répondre, coup par coup. Ce qui, déplore-t-il pourtant, fait perdre du temps. Et retarde encore l’issue des débats.
Inflexible
MAM, en revanche, ressemble aux «falaises d’Etretat», comme le dit Jean-Pierre Brard, député apparenté communiste. Comprendre: elle ne plie jamais. Tout juste s’autorise-t-elle un brin de cynisme: «Il faut un peu de bonne humeur puisqu’il paraît que l’opposition a décidé que l’on y passerait un certain temps, glisse-t-elle. Aucun souci: ce ne sera pas la première fois». Ou glisse qu’elle sait être magnanime vis-à-vis de l’opposition: «Je vous ai entendu, je vous ai même... écouté».
MAM, habituée à parler à une assistance parfois dissipée pour avoir été maître de conférence à l’Université, a à son tableau de chasse des années de ministère. Ministre des Sports sous Balladur, ministre de la Défense sous Chirac, ministre de l’Intérieur sous Sarkozy, et maintenant, de la Justice, elle a déjà passé des heures et des heures à débattre de projets de loi. Ce qui n’est pas le cas de Frédéric Mitterrand, dont le
baptême du feu risque de durer encore. Qu’importe, a-t-il dit jeudi matin, «j'apprends l'Assemblée, et j'ai l'impression que je progresse. Même Jean-Pierre Brard le reconnaît».
Numéros complémentaires
Dans le cadre d’Hadopi 2, la répartition des rôles entre les deux ministres est parfaitement établie. Frédéric Mitterrand se fait le
chantre des artistes. Il a même confié être membre de la SACD, Société des Auteurs et compositeurs dramatiques, et avoir eu «la chance de pouvoir compter sur les droits d’auteur pour tenir le coup». Sans compter
les auteurs qu'il cite à l'envi. MAM, elle, est là pour parler du volet pénal. «Le téléchargement illégal est une contrefaçon, explique-t-elle, c'est une atteinte à la propriété, intellectuelle, littéraire et artistique (dans la mesure où) l'original perd de sa valeur marchande». A propos des peines de prison, amendes et autres sanctions prévues, elle conclut: «On est efficace quand on touche les gens là où ça fait mal».
Leur lacune, partagée par les deux protagonistes: les questions techniques. Quand l’opposition demande au gouvernement d’expliquer comment on peut couper
l’accès à Internet tout en conservant l’accès aux mails ou sans toucher au téléphone ou à la télévision, ni MAM ni Frédéric Mitterrand ne répondent.
Alice Antheaume