Benoît Hamon (PS), en campagne pour les européennes à Hauteville-sur-mer, le 16 mai 2009.
 Benoît Hamon (PS), en campagne pour les européennes à Hauteville-sur-mer, le 16 mai 2009. - BAZIZ CHIBANE/SIPA

Lundi 29 juin, 22h19. Il fait nuit sur Twitter. Dans cette sorte de soirée interlope qui se noue au coucher du soleil sur le réseau de micro-blogging, il ne reste que les fanatiques de l'outil. Et aussi ce soir là, l'un n'excluant pas l'autre, les spécialistes du live de «L'amour est dans le pré», l'émission de téléréalité de M6, commentent paisiblement le déroulement du show.

C'est le moment que choisit le porte-parole du PS Benoit Hamon pour lâcher un «tweet» rageur sur la situation politique: «Hénin-Beaumont, le FN aux portes de la ville; Perpignan, les tricheurs reconduits. Un seul responsable : la gauche en p... de miettes». Sur le réseau se trouve à ce moment là un autre socialiste, blogueur de surcroît, Marc Vasseur. Et qui admet: «j'aime bien mettre les pieds dans le plat». Ce qu'il fait en interrogeant durement Benoît Hamon sur le soutien de ses partisans aux barons locaux du Pas-de-Calais.

En général, sur le compte Twitter d'un politique, peu de chances d'obtenir une réponse de sa part, à part peut-être chez Nathalie Kosciuszko-Morizet . Sauf que depuis sa défaite aux européennes, le nouveau Benoît Hamon est arrivé. Et que ce soir là, pour une des premières fois, il répond à ses followers. Et s'offre avec le blogueur socialiste un clash mémorable, où il finit par lancer à son contradicteur «mets toi au paintball, ça défoule».

«A connu meilleur dimanche»

Tout un symbole évidemment du nouveau Benoit Hamon. Sur Twitter, le clash avec un autre utilisateur influent - Vasseur en fait partie - est un des rites de passage sur le chemin de l'influence. «Ah bon?», rigole le porte-parole du PS, interrogé sur le sujet. Pourquoi s'être offert cette embrouille publique avec Marc Vasseur alors? «Leur spécialité c'est de tirer dans le dos des petits voisins. Que l'UMP se moque de nous ça me dérange pas, mais eux c'est différent. Bon après c'est le jeu, en deux lignes ça part vite». Marc Vasseur, de son côté, s'il salue un «effort louable», reste sceptique: «Hénin-Beaumont, c'est la faute au PS. Il est porte-parole, j'attendais autre chose qu'un discours officiel».

Politique, aphorismes décalés, message persos et maintenant trash-talking: depuis la fin de la campagne européenne, le compte Twitter du porte-parole du PS, est devenu un must pour les amateurs: «je ne sais pas pourquoi, depuis la fin de la campagne j'y vais plus facilement», explique Benoît Hamon. «Et puis la phrase le soir des élections avait généré pas mal de buzz», dit-il, amusé par les commentaires - et même les dessins - suscités par ce laconique «a connu meilleur dimanche».

Mystères


Depuis cette date, le candidat a lancé des tweets dont certains sont restés codés. Comme les destinataires du fameux «Il faut être économe de son mépris car il y a tant de nécessiteux à contenter», sur lesquels il a bien voulu lever le voile d'insupportable mystère qui les entourait. «C'était pour les gens qui finalement sont très heureux de ce qui vous arrive, pour montrer qu'ils avaient raison».

Côté making-of, Hamon utilise les ficelles de l'utilisateur habitué de Twitter, le recyclage de blagues lancées entre potes: «On a trouvé ça avec Pascal Cherki, le maire du XIVe arrondissement de Paris, un ami, lors d'un dîner». Mais comme en bon renard de Twitter, il sait se retenir: «il y a des choses que j'écris, puis au lieu de les mettre en ligne, je les efface. Même si elles me font rigoler.» Usant de sa liberté, il tweete aussi pour critiquer froidement le parti socialiste européen, se moquer de Claude Allègre, ou convoquer Camus pour enjoindre ses petits camarades à plus de calme.

Pas de déprime

Ce qui fait le sel du Twitter de Benoît Hamon, ce sont aussi les tweets personnels et décalés, comme le célèbre «a perdu son face à face avec LA souris». Animale ou informatique? Il s'agit d'une «grosse baston» chez lui avec un rongeur , qui a emporté la première manche. Ou bien cette théorie du bizutage avancée sur l'affaire Bastareaud.

Il réfute en revanche la théorie selon laquelle il donnerait en spectacle une déprime post -électorale.«Attendez, quand je dis que j'ai envie de sommeil, de rugby, d'apéro, si c'est ça la dépression, moi je veux bien déprimer tous les jours». Au cas où, la croissance de ses followers depuis les européennes a de quoi lui faire conserver le moral: en moins d'un mois, il en gagné plus de 500, soit une hausse de 30%. Prochaine étape: le Twitter clash avec Nathalie Kosciuzko-Morizet?

Emile Josselin

 

Mots-clés :