POLITIQUE - C'est pourtant le calendrier proposé par Martine Aubry pour réfléchir à des primaires ouvertes à tous... «Je n'en serai pas», dit le député de Saône-et-Loire, membre de la direction du PS...
Souvenez vous, l'été dernier: les primaires s'invitaient
dans le débat à l'université d'été du PS de La Rochelle, à l'initiative de la fondation
Terra nova. Depuis, l'idée a fait son chemin au parti socialiste, et est entrée dans le débat public. Et la fondation invitait Arnaud Montebourg, partisan résolu de primaires ouvertes à tous, à en débattre ce mercredi soir avec Henri Weber, député européen et idéologue du courant fabiusien, résolument critique envers le concept.
Arnaud Montebourg, membre de la direction du parti, en a profité pour adresser une mise en garde sévère contre le calendrier proposé par Martine Aubry sur le sujet.«C'est le secrétaire national à la rénovation (
son poste au PS ndlr) qui le dit à la première secrétaire, si elle veut bien m'entendre, on ne peut pas attendre juin 2010. Si on dit ça, ça veut dire qu'on n'en veut pas. Je ne discute pas sur la base de juin 2010, ce sera sans moi», tonne Arnaud Montebourg, prêt semble-t-il à mettre son poste dans la balance. «On va se payer un an de discussion là dessus?» s'étonne-t-il encore. Voilà la maire de Lille prévenue.
De son côté, Henri Weber a défendu le scepticisme des fabiusiens envers la méthode: le
sondage favorable aux primaires réalisé par Terra Nova et Le nouvel observateur? «Des questions qui n'ont pas de sens», brocarde le député européen, avant de détailler pas moins de «cinq objections» à la mise en place de primaires.
Eviter l'irruption du «gars qui se lève le dimanche et qui décide d'aller voter»
Outre qu'elle n'est «pas populaire» et «irréaliste», il pointe une proposition «contre-productive». Selon Henri Weber, il y aura «une dizaine de candidats socialistes», engagés dans une bataille «de grande âpreté». Arnaud Montebourg compte sur les lignes politiques, pour «faire le ménage dans les candidatures inutiles». Henri Weber critique également le découpage du vote en plusieurs jours, sur le modèle américain, en faisant voter en premier dix départements. «Lesquels? Les Bouches-du-Rhône? Le Pas-de-Calais?» ironise-t-il.
Il est par contre partisan sans réserve de primaires socialistes. Mais pas ouvertes aux sympathisants: «le type qui se réveille le dimanche matin et qui décide d'aller voter parce qu'il en a entendu parler, ce n'est pas un vote éclairé». Weber finira toutefois par céder sur la possibilité de lancer une nouvelle campagne d'adhésion à l'amorce des primaires.
La députée locale, Danièle Hoffmann-Rispal, prend la parole dans la salle: «dans les marchés à Belleville, personne ne me parle ça», dit-elle. A ses yeux, la volonté d'Arnaud Montebourg de laisser les candidats élaborer un projet dans le cadre des primaires et à la place du parti est nocive. «On ne peut pas faire du projet une ceinture de chasteté inviolable, ce n'est pas réaliste», répondle député de Saône-et-Loire.
Selon Weber, «il existe des primaires de toute la gauche: le premier tour de la présidentielle». Une analyse à laquelle Arnaud Montebourg s'oppose. Il voit plutôt le premier tour comme «un danger qui nous fait perdre, ça a d'ailleurs été le cas deux fois». Le député de Saône-et-Loire, à l'origine d'un rapport sur la question avec Terra Nova, y voit plutôt une machine «à se rassembler: le contrat moral». Il concède toutefois que le mécanisme repose sur un pari, et pas forcément des moindres:«l'autodiscipline» des candidats socialistes.
Emile Josselin