POLITIQUE - Le «Raminagrobis de Thizy» a trouvé une nouvelle tanière...
Le «Raminagrobis de Thizy» a trouvé une nouvelle tanière. Le sénateur centriste Michel Mercier, président du conseil général du Rhône, fait enfin son entrée au gouvernement au poste de ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Espace rural.
Depuis 2007, le président du groupe Union centriste au Sénat multipliait les rendez-vous à l’Elysée et se voyait attribuer un portefeuille à la moindre rumeur de remaniement. A chaque fois, il démentait mollement et comme à son habitude prenait soin de brouiller les pistes. En mars 2008, alors qu’il était pressenti pour un poste de secrétaire d’Etat, il avait ainsi indiqué aux habitants de Thizy, bourgade du nord du Rhône dont il est élu depuis 1971, qu’il n’irait pas au bout de son mandat de président du conseil général, fauteuil qu’il occupe depuis 1990. Pour un destin national ? Non, pour redevenir maire, leur écrivait-il !
«C’est un matou matois», le décrivait en 2008 l’hebdo Tribune de Lyon en l’affublant du surnom de Raminagrobis, agile comme un chat à la manoeuvre politique et capable de coups de griffe sous ses dessous ronronnant. A 62 ans, ce prof de droit tout en rondeur, catholique pratiquant, réputé pour sa connaissance des dossiers et son travail sans sectarisme, franchit le pas et clarifie le jeu.
«L’homme le plus puissant de Lyon»
Même s’il envisage, selon ses proches, de continuer à présider le conseil général, Michel Mercier rejoint Paris et quitte Lyon, où son influence était en baisse. Il y a une dizaine d’années, l’hebdomadaire Lyon Capitale auréolait le patron de l’UDF locale du titre de « l’homme le plus puissant de Lyon ». A l’époque, son parti était aux manettes de la ville de Lyon, de la région Rhône-Alpes et du département du Rhône. Depuis, la gauche a raflé les deux premières collectivités et a progressé au conseil général. Michel Mercier avait bien tenté de briguer la succession de Raymond Barre en 2001 à Lyon avant de lâcher l’affaire pour ne pas avoir à s’allier à Charles Millon. En 2006, il applaudit François Bayrou qui veut une Nouvelle UDF indépendante de l’UMP.
Mais au niveau local, la stratégie est un casse-tête. Pour les municipales lyonnaises de 2008, de nouveaux adhérents arrivés après le bon score de François Bayrou à la présidentielle veulent dépoussiérer le centre, militent pour une désignation des candidats par les militants, refusent de s’allier à l’UMP ou au PS. Clash avec Mercier, qui lui veut un rapprochement avec Dominique Perben (UMP), son premier vice-président au conseil général. Ses adversaires lui reprochent déjà de négocier un poste au gouvernement. Michel Mercier s’affiche peu, manœuvre beaucoup, barre la candidature de l’ancien ministre Azouz Begag. Résultat : le Modem local explose en trois courants, obtient peu d’élus, et la gauche repasse à Lyon.
Mercier quitte finalement son poste de président départemental, mais conserve celui de trésorier national tout en prenant ses distances avec son ami François Bayrou. S’il a un temps milité « pour un dialogue Sarkozy-Bayrou », il a désormais choisi sa voie : un bout de chemin avec le Président, un ministère pour courroner sa (longue) carrière. Le chat retombe toujours sur ses pattes.
A Lyon, Frédéric Crouzet