Discours de Sarkozy au congrès, une première depuis près de 150 ans

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Publié le 23 juin 2009.

POLITIQUE - Le dernier discours d'un président devant le parlement était celui de Louis-Napoléon Bonaparte... juste avant le coup d'Etat.

Avant même de prononcer son discours lundi, Nicolas Sarkozy était sûr de marquer l'histoire. Le dernier discours d'un président de la République devant les parlementaires remonte en effet... à  l'année 1851, le 4 novembre. Il a été prononcé par Louis-Napoléon Bonaparte.

C'est le dernier discours présidentiel avant le coup d'Etat et l'instauration du Second empire, qui durera jusqu'en 1870.  Le coup d'état, qui intervient un mois plus tard, est déjà en préparation parmi les proches de Bonaparte.

>> C'est la mémoire de cet évènement dans la culture politique française qui explique notamment les fortes réticences de la gauche devant l'intervention d'un Président devant les parlementaires.

Plus tôt dans l'année, Bonaparte a fait campagne pour une révision de la constitution de 1848, qui lui permettrait de se représenter à la présidence de la République. Mais malgré des nombreuses visites électorales dans les régions et une mobilisation de préfets, il ne parvient pas à dépasser la majorité des trois quarts requise pour faire passer la mesure.

Le futur empereur Napoléon III décide alors de changer son fusil d'épaule. Puisque l'assemblée lui est défavorable, il va jouer le peuple contre les élus. Dans son discours devant les parlementaires du 4 novembre 1851, il demande la révision d'une loi promulguée le 31 mai 1850... qu'il a pourtant soutenue à l'époque.

En quoi consistait cette loi? En imposant un délai de résidence de trois ans dans une même commune pour pouvoir voter, elle a généré la radiation de 3 millions de personnes des listes électorales, notamment les ouvriers et artisans saisonniers.

L'assemblée, notamment les conservateurs et les partisans de Bonaparte eux-mêmes, repousse de justesse la proposition d'abrogation de cette loi, et refuse donc le retour vers un suffrage universel. Un revers pour Bonaparte? Pas forcément. Il s'est à la fois posé comme défenseur du peuple, et a en même temps placé l'institution parlementaire en porte-à-faux vis-à-vis des citoyens.

C'est ce qui peut expliquer en partie la relative faiblesse de la résistance - plusieurs insurrections sont tout de mêmes signalées- dont  bénéficie Bonaparte lorsqu'il réalise son coup d'Etat, le 2 décembre 1851. Le 20 et 21décembre, un référendum aux résultats contestés approuve à 92% le passage à un mandat de dix ans pour le Président. Moins d''un an plus tard, l'empire est rétabli.
E.J.
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