Nicolas Sarkozy fait le plein sous les dorures de Versailles

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Publié le 22 juin 2009.

REPORTAGE - Les élus ont assisté, émus ou furieux, au premier discours présidentiel devant le Parlement réuni en Congrès...

«Il y a eu le beau temps et le cadre. Mais, 500.000 euros, c’est un peu cher pour ça...». Dans un sourire un peu las, la socialiste Aurélie Filipetti résume le sentiment des députés de l’opposition à la sortie du Congrès à Versailles. Une cérémonie un brin pompeuse pour des annonces franchement en deçà des attentes. La journée a pourtant bien commencé. Les députés, sénateurs, ministres et conseillers se croisent et s’interpellent le long des couloirs dans une certaine désorganisation. Certains sur la terrasse, qui s’ouvre sur les jardins, jouent avec les nuages afin de profiter de quelques rayons de soleil. D’autres vont profiter des expositions du château de Versailles, fermé pour l’occasion aux touristes. Le Congrès a la décontraction d’une luxueuse partie de campagne.

Mais, à l’annonce de la reprise un peu avant 15h, tous affluent vers l’hémicycle. Malgré quelques trouées dans la marée de sièges rouge cramoisi – les élus Verts et communistes qui ont préféré déserter en signe de protestation-, la salle est pleine à craquer. Au-dessus des travées, sur la droite et la gauche, les députés européens se mêlent aux invités. Au fond, le gouvernement est là, à l’exception de Fillon, Alliot-Marie, Karoutchi et Borloo qui siègent à quelques mètres du perchoir présidentiel. Et dans le coin gauche, Carla, qui fait une apparition remarquée avec sa mère, s’assoit gracieusement entre une Catherine Pégard, qui compte les têtes présentes, Henri Guaino, accroché aux lèvres de Sarkozy, et un Claude Géant mutique.

Un auditoire sans passion

Un véritable théâtre, tout en dorures, où chacun s’épie, attend avec impatience son acteur principal. Mais le texte présenté par le chef de l’Etat ne provoque pas la passion de l’auditoire. A la certaine solennité du début du discours, la discipline s’est rapidement relâchée dans les rangs. On lit le journal, un député, en véritable fan, bombarde de photos le Président. D’autres prennent des notes et préparent sagement leur intervention. Dans la majorité, on applaudit timidement ou bruyamment selon les annonces, avec une véritable acclamation en fin de discours. Un tonnerre d’applaudissements auquel refusent de se joindre les députés PS, radicaux et MoDem, qui restent ostensiblement assis après 45 minutes de monologue.

Puis tous se précipitent vers la Galerie basse pour une réunion de groupe, refusant a priori de participer à un débat sans vote. Après cinq minutes où le brouhaha empêche le président du groupe socialiste à l’Assemblé Jean-Marc Ayrault à définir une ligne de conduite, c’est le début de la foire d’empoigne entre les élus du PS. «C’est nul», lance un élu socialiste. «On va débattre de quoi?», se demande un autre. Finalement, les élus lèvent le camp et rejoignent leur bus après quelques déclarations désabusées.

Un Président en campagne

Sur la forme du discours, les élus de l’opposition concèdent que Sarkozy a plutôt réussi son grand oral. «C’était un beau discours», juge Jean-Louis Bianco. «Habile», note Pierre Moscovici. Mais sur le fond, rien ne va plus. «Un grand exercice de bavardage, qui fait cheap et pschitt», assène Jean-Marc Ayrault.

En première ligne des raisons de la grogne de la gauche et du MoDem, l’emprunt qu’a annoncé Sarkozy. «La seule annonce de Sarkozy, c’est un grand emprunt, alors qu’on nous annonce un déficit à 7% et un déficit de la Sécurité sociale à 30 milliards. A quand la justice sociale?». «Il annonce des dépenses et ce sont les plus pauvres, les jeunes, les retraités qui vont payer», rappelle François Bayrou, plutôt discret et calme. «Ca avait l’apparence d’un discours électoral, avec un catalogue de promesses. Il fait déjà campagne pour un nouveau quinquennat, avec des thèmes plus rassembleurs mais la même politique», assure Moscovici. Pour «rééquilibrer» cette intervention, Jean-Marc Ayrault demande un discours de politique générale à Fillon pour présenter son nouveau gouvernement. Sinon, le groupe PS prendra ses «dispositions».

«Une étape nouvelle»

Dans la majorité, on est au contraire très satisfait de ce moment de «grande émotion», selon Roger Karoutchi, jugeant que l’aggravation de la crise nécessitait un cadre solennel de Versailles. Mais face aux zones de flou du discours de Sarkozy, les ministres colmatent. Christine Lagarde promet de «trier les bons investissements pour les financer par l’emprunt», parlant d’un projet très enthousiasmant pour les Français. Pas plus d’annonces mais on se félicite du symbole. «C’est une étape nouvelle dans la réforme de la Constitution et ça marque la considération que le Président a pour le Parlement», estime Copé.

Maxime Bono, député-maire socialiste de La Rochelle préfère moquer le cérémonial assez «vide» de sens. «C’est la plus grande salle peinte en trompe-l’œil de l’Ile-de-France. Avec les fausses promesses et les annonces en trompe-l’œil de Sarkozy, son discours ne pouvait que se passer ici.»
Maud Noyon
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