POLITIQUE - Retour sur un élément fondateur de l'histoire républicaine...
Edwy Plenel à Solférino? L'appel
lancé samedi à un nouveau «serment du Jeu de Paume» par le créateur de
Médiapart n'a pas tardé à trouver preneur. Les élus PS ont dénoncé lundi un «simulacre de débat» dans l'intervention de Nicolas Sarkozy devant le Congrès à Versailles avant de se réunir devant la salle du Jeu de Paume, là même où «les députés du Tiers-Etat ont refusé de se soumettre au roi» Louis XVI en 1789.
Heureuse coïncidence, c'est il y a 220 ans, quasiment jour pour jour, que les députés du Tiers-Etat se promirent «de ne jamais se séparer», «jusqu'à ce que la Constitution du royaume soit établie», a affirmé le patron des députés PS, Jean-Marc Ayrault, en citant
Sieyès et
La Fayette.
Selon le PS, «la pratique sarkozyste nous éloigne tous les jours d'une démocratie moderne». Ces Etats généraux peuvent «être aussi une première initiative d'un nouveau rassemblement de la gauche et des forces de progrès», dit l'appel, alors que
le débat sur la création d'un parti de toute la gauche a été relancé par la défaite aux européennes.
Mais au fait que s'est-il passé ce jour là? Tout cela se situe à l'époque de la révolution, en 1789. Louis XVI a convoqué des «Etats généraux», où des représentant des trois ordres qui composent la société à l'époque - noblesse [
bourgeoisie, évidemment, merci à BuK0w pour sa vigilance dans les commentaires], clergé, et Tiers-état - se réunissent. Problème: le vote ne s'effectue pas par tête - un homme égale un voix - mais par ordre: la bourgeoisie et le clergé ont donc la possibilité de court-circuiter le tiers état, numériquement plus nombreux puisqu'il représente tout ceux qui ne sont ni nobles, ni hommes d'église.
Autre débat: le tiers état demande à ce que tout le monde siège en même temps au sein d'une unique assemblée, afin de pouvoir débattre. Or Louis XVI refuse que les ordres siègent en même temps, mais le tiers état réussit à rallier une partie des députés du clergé, et se proclame Assemblée nationale.
Panique au palais de Versailles, évidemment. Louis XVI veut casser cette décision, et convoque à cette fin une réunion pour le 22 juin 1789. Entre temps, pour empêcher les députés du tiers état de débattre, l'accès de leur salle leur est interdit le 20 juin 1789. Ils décident donc d'aller à la Salle du jeu de Paume, et votent le fameux serment, où ils promettent
«de ne jamais se séparer, et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides».
Ils tiennent parole lors de la fameuse réunion du 22 juin, où Louis XVI annule leurs réformes. Les députés du Tiers-état refusent alors de se disperser. C'est à ce moment que Mirabeau lance sa fameuse phrase, aux versions multiples: «nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes». Louis XVI finit par céder: «ils veulent rester? Eh bien, qu'ils restent». Les trois ordres siègeront maintenant ensemble. C'est une des premières remises en cause de la hiérarchie sociale de l'époque, et aussi les débuts du parlementarisme en France. Trois semaines plus tard, c'est la prise de la Bastille.
C'est au nom de ce symbole que les députés et sénateurs socialistes vont se réunir devant la salle du Jeu de Paume à Versailles.
>> Ce genre de rappel historique, ça vous intéresse ou ça vous ennuie, pour ne pas dire plus? Dites-le nous dans les commentaires
Emile Josselin