INTERVIEW - Alors que la ministre de la Justice est au coeur d'une nouvelle polémique, 20minutes.fr a interrogé Jacqueline Remy, journaliste et auteur d'une biographie parue jeudi aux éditions du Seuil et intitulée «Du Rimmel et des larmes»...
Que pensez-vous de la nouvelle polémique qui entoure la prestation de Rachida Dati lors d'un débat devant des jeunes UMP, dans le cadre des européennes? La candidate UMP a affirmé qu'il s'agissait d'une parodie...
Il est difficile de se prononcer sur cet épisode car d'autres candidats sont passés sur le grill avant elle, puisque c'était semble-t-il le principe de l'exercice. Or, on ne les a pas vus répondre sur les vidéos qui ont circulé. Mais il est vrai que cette écolière qui pouffe de rire quand elle est mal à l'aise et qui a l'air de ne pas connaître les réponses aux questions, cela lui ressemble. Au cours de mon enquête, beaucoup de gens lui ont reproché de ne pas connaître ses dossiers, à tous les niveaux de son parcours professionnel.
On découvre en effet dans votre livre que le parcours étudiant puis professionnel de Rachida Dati n'est pas tout à fait celui qu'elle met en avant...
Oui, elle a toujours vendu, aux gens qu'elle sollicitait, son travail acharné d'étudiante, qui correspond assez peu à la réalité. En témoigne cette histoire de MBA, que dès 1999, elle prétend avoir alors qu'elle ne l'a jamais décroché. Rachida Dati a donné des coups de pouce au destin en s'arrangeant avec la vérité. Si on partage la philosophie selon laquelle la fin justifie les moyens, d'une certaine manière, elle y est arrivée. Mais à force de transformer le réel, elle a compartimenté sa vie, ce qui l'a acculé à la solitude. Au fond, c'est comme si elle n'avait pas vraiment confiance en elle ou en autrui. Elle préfère les rapports de force, à condition qu'elle domine. Mais quand on est vraiment fort, on n'a pas besoin de biaiser, on joue ce qu'on est.
Même dans l'univers impitoyable de la politique?
Oui, si l'on aspire à une carrière politique, il faut penser par soi-même. On ne sait pas vraiment ce que Rachida Dati pense personnellement, à commencer dans le domaine de la justice. Beaucoup de magistrats que j'ai rencontrés m'ont dit qu'ils avaient eu du mal à avoir une conversation de fond avec elle à ce sujet.
Comment expliquer, alors, qu'elle soit parvenue si haut?
Pour plusieurs raisons. Elle doit notamment son ascension fulgurante à un certain nombre de relations qui l'ont mise sur orbite. Rachida Dati est une femme très séduisante et très drôle, qui sait en outre manier la flatterie et l'humilité face à ses interlocuteurs. Quand on lui résiste, elle force la porte, entre par la fenêtre. Ses proches disent qu'elle n'a pas de limites. Certaines personnalités racontent qu'elle les a harcelées de coups de téléphone et de lettres pour obtenir ce qu'elle voulait, sans se soucier des rebuffades, comme si elle n'avait pas d'amour-propre. Enfin, elle est arrivée à un moment où son profil intéressait le monde politique et plus particulièrement Nicolas Sarkozy, qui a eu le courage de jouer assez spectaculairement la diversité. Le revers de la médaille, c'est que personne ne s'est préoccupé de savoir si elle était vraiment armée, psychologiquement et politiquement, pour un tel ministère. Elle-même, trop attachée à son image, n'a pas vraiment mesuré l'envergure de la tâche qui lui était confiée.
Rachida Dati a-t-elle, selon vous, encore un avenir politique?
On aurait tort de l'enterrer trop vite. Elle possède des qualités d'animal politique indéniables, avec une ambition, une énergie et un culot hors du commun. Elle pourrait donc nous réserver des surprises. Mais elle a un problème de crédibilité à résoudre. Pour l'instant, Rachida Dati a plus brillé par son attitude de star people que par son action politique et la force de ses convictions politiques. Elle a par ailleurs tendance à toujours se poser en victime par rapport à ses origines sociales et ethniques. C'est une attitude un peu immature pour quelqu'un qui aurait des ambitions plus élevées. Maintenant que son étoile a pâli et que son image s'est effritée, il faudrait qu'elle ose miser sur ce qu'elle est et non plus sur ses protecteurs - qu'elle a d'ailleurs dépassés - , qu’elle joue sa vérité et non sa légende.
Propos recueillis par Catherine Fournier