Brice Hortefeux: Humour pincé pour ministre obstiné

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Publié le 15 janvier 2009.

PORTRAIT - Le ministre de l’Immigration a été nommé aux Affaires sociales et au Travail...

C’est officiel. Nicolas Sarkozy a remanié le gouvernement de François Fillon jeudi matin. Brice Hortefeux troque son siège à l’Immigration et à l’Identité nationale pour la rue de Grenelle. Pourtant, les rumeurs ont longtemps laissé courir le bruit d’une nomination à l’Intérieur. Tout compte fait, ce sera donc les Affaires sociales et le Travail, en remplacement de Xavier Bertrand, nommé à la tête de l’UMP. Un rôle taillé sur mesure pour l’Auvergnat? Plutôt une occasion en or pour sauter à pieds joints sur le tremplin vers Matignon. Petit tour d’horizon des mots-clefs pour mieux comprendre «l’inconnu le plus célèbre du paysage politique français»*.

Incassable: Avec une cote de popularité aussi élevée que le niveau de la mer, celui que certains surnomment le «porte flingue de Sarko» va devoir casser son image de «ministre de l’expulsion». La mission s’avère difficile. Il faut dire que son «mot d’adieu», mardi, n’a pas aidé à redorer son blason auprès des associations de défense des sans-papiers, qui dénoncent son obsession des quotas… Son bilan fait état de 45.000 expulsions en vingt mois.

Comme l’explique Frédéric Dabi, de l’institut de sondages Ifop, «si Brice Hortefeux jouit d’une excellente cote auprès des sympathisants UMP, c’est tout le contraire auprès de l’électorat de gauche». La faute à un ministère très impopulaire, qui renforce les clivages droite/gauche. «Mais l’opinion sur Brice Hortefeux va évoluer», explique le sondeur. «Les Affaires sociales sont un ministère beaucoup moins sensible (ou politiquement moins marqué, ndlr) que l’immigration», poursuit-il. En tout cas, la pente à remonter est raide. Dans le classement Ifop/«Paris Match» du mois de décembre, sur les personnalités politiques françaises, Brice Hortefeux, 50 ans, se classe au 47e rang sur un total de 50. « 42% des sondés ont une mauvaise opinion de lui», souligne Frédéric Dabi. Derrière lui, Eric Woerth «qui n’est pas très connu», puis «le duo Marine et Jean-Marie Le Pen».

Premier ministrable: On pourrait se demander en quoi sa nomination est une fleur faite par son ami Nicolas Sarkozy. A première vue, un poste aux Affaires sociales ne semble pas aussi prometteur qu’à l’Intérieur. Mais un passage place Beauvau n’aurait pas franchement servi son «capital sympathie». «Avec un poste à l’Intérieur, Brice aurait renforcé son image sécuritaire», estime Philippe Reinhard, auteur de «Brice Hortefeux, le mécano de Sarko». «En le nommant au Travail, Sarkozy le prépare, éventuellement, à succéder à François Fillon.»

Mais Brice Hortefeux va devoir faire quelques efforts. Si les associations étaient ses principaux interlocuteurs à l’Immigration et l’Identité nationale, c’est avec les syndicats qu’il va devoir discuter désormais. «Nous n’avons jamais pu négocier avec lui», confie Patrick Delouvin, responsable des actions France à Amnesty International. «Nous l’avons rencontré rarement. La plupart du temps, c’est par lettre que nous répondait le ministre.» Pas question, donc, de sortir le même jeu aux syndicats, auxquels il devra faire face.

Fidèle: Pour comprendre ce grand blond, il faut saisir le lien, très fort, qu’il entretient avec le président de la République. «Sarkozy et Brice, c’est une histoire qui dure depuis trente ans», souligne Philippe Reinhard. En d’autres termes et comme le dit la chanson, c’est sa «raison d’être». Il est d'ailleurs le parrain d'un des filles du Président et était témoin à son premier mariage. Au rythme de dix coups de fils par jour, Brice et Nicolas sont comme les deux doigts de la main. «Brice n’aurait jamais eu cet engagement politique, si ce n’était pour Nicolas», confie Philippe Reinhard. «Après avoir soutenu la campagne de Balladur en 1995, Brice a déclaré à son ami de toujours: «Je ne recommencerai pas sauf si c’est pour toi»». C’est chose faite!

Mais jusqu’où va cette fidélité? Pour le député socialiste Bernard Roman, «Brice Hortefeux est un homme talentueux qui met son talent au service des politiques les plus honteuses de la France». Son arrivée au ministère des Affaires sociales ne changera rien à ce père de deux enfants, estime le député, qui ne voit en lui «aucune fibre humaniste».

Serviable: Alors que Nicolas Sarkozy tient les rênes, «Brice Hortefeux teste les idées» du Président, observe Philippe Reinhard. «Brice est prêt à accepter toutes les missions que lui confiera Sarkozy.» Et l’écrivain de souligner, tout de même, une différence entre les deux amis: «L’attachement de Brice Hortefeux aux valeurs du RPR, que transgresse volontiers le Président.» Chez Brice, on ne rigole pas avec le gaullisme.

Drôle: S’il ne plaisante pas avec les valeurs politiques, Brice Hortefeux le fait par contre volontiers avec ses amis et collaborateurs. A petite dose. Et Bernard Roman de déclarer: «Brice Hortefeux à l’air capable de nouer des relations, mais je ne lui taperai pas dans le dos.» «C’est quelqu’un qui a beaucoup d’humour, mais avec un côté très pince-sans-rire», observe au contraire Philippe Reinhard. On l’aurait presque deviné. «Je me souviens d’une histoire que Brice m’a racontée, raconte l’écrivain. Sa famille, en Auvergne, est proche des Giscard d’Estaing. Un été, alors que VGE venait jouer au tennis chez eux, ce dernier s’est rendu compte qu’il avait oublié ses chaussures de sport. C’est Brice, faisant la même pointure, qui lui prêta les siennes et qui confia ensuite «Ce jour-là, j’avais enfin la pointure présidentielle»». Bon, ça reste de l’humour de politique…

Ordonné et obstiné: A défaut de faire régner l’ordre (à l’Intérieur), Brice Hortefeux en met dans ses affaires. «Je n’ai jamais vu un bureau de ministre aussi bien rangé que le sien, note Philippe Reinhard. C’est la personne la plus méthodique que je connais. Par ailleurs, c’est quelqu’un de très obstiné qui ne démord pas quand il a une idée en tête», ajoute-t-il. Pour preuve, «sa volonté de faire basculer, un jour, le bastion socialiste» du Puy de Dôme, Clermont-Ferrand. Si Brice Hortefeux est conseiller régional d’Auvergne depuis 1992, pour Bernard Roman, son choix de ne pas se présenter à l’élection municipale de 2008 à Clermont «montre que cet homme est plus attaché au pouvoir qu’à sa région. Il n’aime pas perdre», conclut-il.

Brice Hortefeux a donc eu le feu vert de Nicolas Sarkozy pour poser ses valises au ministère des Affaires sociales. Dans les cartons, plusieurs gros dossiers sociaux l’attendent déjà. Mais le principal intéressé rassure: «J’ai […] relu tous les discours de Nicolas et ceux de Bertrand sur le sujet», confiait-il récemment au «Figaro». Nouveau poste, nouvelle mission, nouvelle image? A voir…

* Expression utilisée par Philippe Reinhard dans son livre: «Brice Hortefeux, le mécano de Sarko».

Maud Descamps
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