Christophe Deloire: «La séduction est un mécanisme élémentaire de politique»

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Publié le 18 octobre 2008.

INTERVIEW - Interview de Christophe Deloire, auteur de «Sexus politicus»...

Alors que Dominique Strauss-Kahn fait l’objet d’une enquête sur une liaison avec une ancienne collaboratrice du FMI (Fonds monétaire international), instance qu’il dirige, 20minutes.fr s’est replongé dans le livre «Sexus politicus» (éd. Albin Michel en 2006, éd. J'ai lu en 2008), qui dressait la liste des personnalités politiques, de Giscard d'Estaing à Nicolas Sarkozy en passant par François Mitterrand, Jacques Chirac, et Ségolène Royal, dont les aventures ont parfois dérivé en frasques.

>> L'enquête ouverte sur DSK, c'est ici >>

Dans ce livre, un chapitre entier est consacré à Dominique Strauss-Kahn. Interview de l’un des auteurs, Christophe Deloire.

Pourquoi l’affaire DSK sort-elle dans un journal américain plutôt que français?
Je tiens à ne pas à faire de procès aux journalistes français qui doivent, ici, respecter la vie privée des gens. Mais c’est vrai que l’implication - à tort ou raison - des hommes politiques dans les histoires sexuelles, cela sort très rarement dans les journaux français. Pour des questions de législation et de culture. Car culturellement, cela ne choque pas les Français qu’un homme ou une femme ait des moeurs libres. Au contraire, le fait qu’un politique soit considéré comme un coureur, cela assoit son charisme plutôt que de le desservir. Par ailleurs, dans l'hexagone, on n'a pas de notion du conflit d'intérêt. Trop de femmes en politique ont été promues ou écartées en fonction des goûts du prince.

Comment expliquer cette différence avec les Etats-Unis?
Aux Etats-Unis, le puritanisme est bien plus grand qu’en France. Et la réprobation du mensonge aussi. C’est pourquoi, à mon avis, DSK a tout de suite parlé d’un «incident qui s'est produit dans ma vie privée» pour éviter le mensonge comme l’avait fait Bill Clinton. On ne peut pas vivre de la même façon à Washington et à Paris. Nombre de candidats à la présidence américaine ont été détruits à cause de leur vie privée. Pas en France. Notre modèle a ses vertus: on peut laisser les gens vivre librement leur sexualité sans être dans le jugement. Ce qui importe, c’est d’avoir de bons élus, de bons gouvernants, pas de bons maris.

Politique et sexe, est-ce forcément lié?

En politique, il y a une offre et une demande beaucoup plus forte. En France, en Amérique du Sud et en Italie, la séduction est un mécanisme élémentaire de politique, considérée comme une activité charnelle, physique voire érotique. Cela ne veut pas dire que les Anglo-saxons n’ont pas de pulsions sexuelles, mais elles sont bridées. D’ailleurs, en France, cela fait longtemps que les hommes de pouvoir s’entourent de favorites, comme c’était déjà le cas de certains Rois de France.

DSK, Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal ont mis en scène leur vie de couple. Cela les dessert-ils?
Les hommes politiques se sentent obligés de montrer des vies de couple classiques, de maris fidèles. Mais ces images sont souvent fausses. C’est pour la galerie mais ça ne colle pas avec la réalité. Ensuite, quand la vérité éclate, cela montre qu’ils ont menti. DSK a commis une erreur stratégique en allant sur les plateaux de télé avec sa femme, Anne Sinclair, alors que cela ne lui apportait pas plus de voix.   

Recueilli par Alice Antheaume
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