Guillaume Bachelay a répondu à vos questions

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Publié le 30 août 2008.

PARTI SOCIALISTE - Ce collaborateur de Laurent Fabius a répondu samedi en fin d'après-midi aux questions des internautes de 20minutes.fr...

Guillaume Bachelay est conseiller général de Seine-Maritime et membre du bureau national du PS. Ce collaborateur de Laurent Fabius est également auteur de «Désert d'avenir? Le parti socialiste 1983-2007».

Nous avons eu beaucoup de questions sur cette situation paradoxale: d'un côté, les manoeuvres d'appareil ; de l'autre, les préoccupations des Français. Le PS a-t-il pris la mesure de la situation actuelle ?
Au lieu de faire rêver les Français, le PS a décidé de faire cauchemarder la gauche. La rentrée scolaire est difficile, le contexte économique en berne, les difficultés internationales immenses, et nous, nous continuons notre petite cuisine sur nos petits réchauds. Dans un parti démocratique, une année de congrès est une année de débats où des ambitions s'expriment, c'est normal, mais il ne faut pas que ces débats et ces ambitions soient déconnectés de la réalité.

Quelle est cette réalité ?
Si on veut un congrès utile, Reims doit permettre de nous opposer à notre adversaire Sarkozy et d'endiguer notre concurrent Besancenot. En clair, s'opposer à la droite et être sans complexe par rapport à notre gauche. Le congrès de Dijon n'avait servi à rien car il avait fait l'impasse sur le 21 avril 2002 qui avait eu lieu un an avant ; le congrès du Mans n'avait servi à rien car il avait fait l'impasse sur le rejet de l'Europe libérale par les Français six mois plus tôt. Reims ne servira à rien si le PS oublie qu'il y a un an, un candidat de droite a été élu dans un pays qui venait de connaître le non au Traité européen, le non au CPE, et les manifestations contre les retraites Raffarin. La réalité d'aujourd'hui est historique et terrible : l'ensemble de la social-démocratie européenne subit une crise inégalée, Nicolas Sarkozy a réussi la jonction de toutes les droites françaises, et à la gauche du PS grandissent les concurrences d'un pôle écologique et de l'ultragauche de Besancenot.

Le problème du PS n'est-il avant tout un problème de projet ?
Cela fait 20 ans que le PS n'a pas gagné une présidentielle, 10 ans les législatives. Pourquoi ? Parce que depuis 20 ans, nous n'avons plus de vision sociale, mais des programmes avec des mesures techniques, parfois excellentes, mais qui ne font pas un projet global. En face, le camp libéral, lui, a un projet : démolir la société. François Fillon a dit « nous avons gagné la bataille idéologique », et le drame, c'est que la direction actuelle du PS est d'accord avec lui.

Quid de Laurent Fabius dans ce champ de ruines ?
Laurent Fabius reconstruit le champ. Il y a un an, il a posé, seul, le concept de « gauche décomplexée », c'est-à-dire une opposition de gauche à Sarkozy et pas un sarkozysme de gauche. Laurent Fabius ne renonce pas à ce que le PS soit de nouveau majoritaire chez les ouvriers, chez les enseignants, chez les jeunes, chez les petits retraités, chez les travailleurs pauvres, chez les familles monoparentales.

La « gauche décomplexée », ça passe par les « reconstructeurs » et l'alliance avec les strauss-kahniens ou la Ligne claire ?
Il y a trois ans, le courant de Dominique Strauss-Kahn n'identifiait pas encore la crise de la social-démocratie européenne ; aujourd'hui, il partage notre analyse. Il y a trois ans, DSK mettait en avant un socialisme de production, que nous partageons. L'offre des reconstructeurs est en réalité ce que le PS a connu de plus innovant depuis dix ans. La question est de savoir si de grands responsables comme Martine Aubry ou Dominique Strauss-Kahn sont capables d'être à la hauteur de cette offre ? Nos militants veulent une réconciliation et une clarification. A nous de défendre une offre politique alternative au libéralisme et pas un socialisme libéral. A nous de vraiment reconstruire la gauche, et pas de donner dans le mélange chèvre-chou. A nous de relancer l'Europe, en dépassant nos divisions passées. A nous enfin de refuser le triangle des Bermudes du PS : sondage-image-naufrage. Non à la pipolisation, non à la personnalisation, non à la présidentialisation. Quant à la contribution "La Ligne claire", la seule ligne claire pour les militants du PS, c'est la ligne de gauche.

Donc vous récusez une alliance avec le Modem, pour des raisons arithmétiques?
L'arithmétique cache toujours des renoncements politiques. Et je ne renonce pas à ce que la gauche soit majoritaire chez les classes moyennes et popualires... S'il renonce à tout cela, que le PS se saborde!

Si la ligne de gauche au PS ne l'emporte pas, envisagez-vous de quitter le parti?
Je ne rentre pas au congrès en me disant que la ligne de gauche, ça ne marche pas. Et si c'est soit l'immobilisme, soit le libéralisme qui l'emporte, les électeurs se prononceront d'eux-mêmes aux prochaines élections européennes, régionales et présidentielles.

Comment voyez-vous le PS dans dix ans ?
A gauche et au pouvoir, et au pouvoir parce qu'à gauche.

Et dans quatre ans, en 2012 ?
Au pouvoir pour les cinq prochaines années, parce que l'on aura été à gauche les quatre précédentes.


Recueillis par B.B. et E.J.
Le blog de la rénovation du PS
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