POLITIQUE - Armé de son appareil photo numérique, Alain Lambert hante les couloirs de la République...
Souvenez-vous, c'était en 2005: les blogs commençaient à faire parler d'eux et de nombreux hommes politiques, flairant le bon coup, ouvraient leurs pages personnelles. Aujourd'hui, il ne reste plus grand chose de cette époque, seuls quelques-uns maintiennent la flamme, comme
Alain Juppé ou
Jean-Luc Mélenchon.
Mais le blog politique qui fait le plus parler de lui est incontestablement
celui d'Alain Lambert, ancien ministre délégué au Budget sous Raffarin, aujourd'hui redevenu simple sénateur. Armé d'un simple appareil photo, l'élu de l'Orne hante depuis quelques mois les couloirs de la République à la recherche d'une interview vidéo choc pour mettre sur son blog. Alain Lambert a accordé un long entretien à 20minutes.fr.
1. Au départ, Alain Lambert préférait les paparazzades
Le sénateur a créé son blog en août 2005. A l'époque, Dailymotion était encore balbutiant et Alain Lambert se concentrait sur l'écrit et les photos en coulisses... dont une improbable photo de Luc Ferry, alors ministre de l'Education nationale, à quatre pattes sur une table.
2. Quand le sénateur se prend pour un journaliste télé
C'est au mois de juin dernier qu'Alain Lambert a commencé à filmer ses collègues parlementaires et ministres. Depuis, c'est devenu une obsession: il filme partout,
y compris au très select dîner du «Siècle» où toute caméra est interdite. Le jour de notre rencontre, le sénateur ne pense qu'à une chose: «Je veux coincer Christine Lagarde», répète t-il à son assistante. Depuis quelques jours, un différend l'oppose à la ministre de l'Economie et il veut s'en expliquer avec elle, face caméra, et mettre la séquence sur son blog.
Mais pas de chance: Christine Lagarde passe dans les couloirs du Sénat en coup de vent et éconduit l'assistante d'Alain Lambert en expliquant qu'elle doit se rendre en urgence à TF1 pour une interview. Irrité, Alain Lambert appelle immédiatement une de ses connaissances à TF1... qui lui assure que Lagarde n'y est pas. «Vous avez été trop naïve», lâche t-il à son assistante. Pour cette fois, c'est plié.
Mais Alain Lambert a déjà réussi un gros coup. Le 10 juillet, il met en ligne
une interview de l'UMP Gilles Carrez, le très sérieux rapporteur général au budget à l'Assemblée nationale. Ce dernier
ne sait pas qu'Alain Lambert filme et lâche une petite phrase qui créera la polémique: «Eric Woerth est un ministre croupion. Je le lui ai dit. Il n'a le droit de ne s'occuper que de la colonne dépense.»
Le sénateur ne rate plus une occasion de filmer. Dans les travées du Congrès de Versailles, le sénateur a multiplié
les interviews avec différents parlementaires de droite comme de gauche, abattant un travail dont peu de journalistes peuvent se vanter. Le tutoiement qu'il pratique avec ses collègues lui permet d'avoir quelques confidences que ne peuvent obtenir les journalistes. Sauf que dorénavant, tout le monde est prévenu et les propos «off» sont plus difficiles à obtenir.
Quand les parlementaires retrouvent la langue de bois, Alain Lambert se rabat sur ses proches. En témoigne
cette incroyable vidéo où sa toute jeune petite-fille donne une leçon d'arithmétique au gouvernement: «1, 2, 3, 4, 5...». «Formidable, tu sais compter jusqu'à 5, la félicite son grand-père. Tu sais mieux compter que le gouvernement!». Christine Lagarde et Eric Woerth apprécieront.
3. Sarkozy a t-il acheté le vote du sénateur Lambert?
Sur son blog, Alain Lambert a longtemps ferraillé contre la réforme des institutions. Avant, soudainement, de virer de bord, et d'
annoncer à la veille du scrutin qu'il votera «pour» lors du Congrès de Versailles. Cette décision surprenante a choqué beaucoup de lecteurs de son blog qui l'ont
vertement attaqué dans les commentaires.
Malgré
la polémique sur sa nomination au comité de suveillance de la Caisse des dépôts et nominations, il réfute tout marchandage avec Nicolas Sarkozy et explique les raisons de son revirement.
Vincent Glad (Cyprien Iov au montage)