Suspense sur la réforme des institutions: Nicolas Sarkozy se lance dans la bataille

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Publié le 15 juillet 2008.

POLITIQUE - Le PS et le MPF font bloc contre le texte, l'UMP est divisée. Le texte serait plus proche du rejet que de l'adoption...

Rejetée ou adoptée? Le sort réservé à la réforme des institutions est encore incertain, s’est ému mardi le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer (UMP), dans une interview au quotidien «La Croix». Le Parti socialiste (PS) et le Mouvement pour la France (MPF) ont en effet manifesté leur désaccord et menacent de ne pas voter pour le texte, tout comme certains parlementaires de droite.

«Méthode détestable»

«La méthode qui consiste à faire pression sur des parlementaires de la majorité, quitte à les menacer, ou à séduire tel ou tel groupe charnière en leur proposant je ne sais quelle contrepartie, n'est pas une bonne méthode en République», a fustigé dimanche le premier secrétaire du PS, François Hollande, sur Radio J, évoquant le «beau temps de la IVe République». Et d’ajouter: «Qu'il y ait tractations, séductions, pressions, c'est une méthode détestable quand on veut donner davantage de pouvoir au Parlement.»

>> Lire l'article sur les ultimes tractations autour de la réforme des institutions.

Mais François Hollande ne ferme pas sa porte. «Si le président de la République a des propositions à faire, je suis prêt bien sûr à le rencontrer», a-t-il déclaré, réitérant les conditions posées par le PS au vote de la réforme, notamment une réforme du mode de scrutin au Sénat. Et il a été entendu, du moins en partie: il a été reçu mardi en début de soirée par Nicolas Sarkozy pour parler, une dernière fois, de la réforme des institutions. Mais visiblement le Président n'est pas parvenu à convaincre le Premier secrétaire du PS de changer d'avis.

De son côté, le Parti radical de gauche (PRG) a décidé de «voter pour» la réforme des institutions, a annoncé mardi à l'AFP son président Jean-Michel Baylet. Certains certains parlementaires PRG pourraient toutefois faire un choix différent, a-t-il précisé, en allusion aux pressions exercées par le PS. Ainsi, la députée PRG de Guyane, Christiane Taubira, a affirmé mardi à l'AFP qu'elle voterait contre la réforme.

Lang en appelle à Sarkozy

Seul Jack Lang (PS), qui était membre de la commission Balladur chargée de proposer cette réforme, est pour le texte et en appelle même à Nicolas Sarkozy pour débloquer la situation. Il demande notamment au Président de faire du groupe chargé de modifier le scrutin pour les élections régionales. Ce ne sera pas la peine: allant contre les désirs de sa majorité, Nicolas Sarkozy a annoncé devant les députés UMP, mardi, qu'il n'était pas favorable à une réforme du mode de scrutin.

De son côté, le président du MPF, Philippe de Villiers, a annoncé mardi à l’AFP que ses cinq parlementaires voteraient contre la réforme. A l’opposé, François Sauvadet, patron des députés du Nouveau centre (NC), a affirmé mardi que «la quasi totalité» de son groupe voterait la réforme des institutions. Pas de quoi assurer l’adoption du texte, qui nécessite la majorité des 3/5e des votants.

Mobiliser l’UMP

Bernard Accoyer avertit donc qu’un échec de la réforme «ne serait évidemment pas bon pour l'exécutif mais ce serait encore plus calamiteux pour l’opposition, qui irait totalement en sens contraire de ce que veut l’opinion». Toutefois, il affirme ne «pas être pessimiste». Comment les parlementaires «pourraient-ils refuser une réforme qui leur donne plus de pouvoirs, alors même que c’est ce qu’ils réclament depuis plusieurs années? Si la réforme échoue, ce sont eux qui en porteront la responsabilité politique», assure-t-il.

Pour faire front, l’UMP espère mobiliser ses rangs, déjà divisés. Mardi, le porte-parole du parti, Frédéric Lefebvre, a appelé les parlementaires à se prononcer librement. «Si chaque parlementaire vote en son âme et conscience, loin de toutes les pressions, cette réforme aboutira», car elle traduit «une revalorisation du Parlement que les députés de droite comme de gauche attendent depuis des années», a-t-il assuré. Et d’ajouter, à l’égard des parlementaires réticents: «On ne peut pas voter une réforme aussi importante simplement sur des raisons idéologiques ou sur des raisons de positionnement politique.»

>> Lire l'interview de Bernard Debré, parlementaire UMP opposé à la réforme.

Et pour s’assurer le vote des parlementaires UMP, Nicolas Sarkozy les a reçu, mardi midi pour un buffet à l’Elysée. Soit six jours avant le vote crucial. Une invitation qui a porté ses fruits: mardi, les sénateurs UMP Josselin de Rohan et Adrien Gouteyron, qui menaçaient de ne pas voter le texte, ont changé d’avis.
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