«Ségolène Royal est dans une stratégie d'offensive»

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Publié le 9 juillet 2008.

INTERVIEW - Cynthia Fleury, spécialiste de communication politique, analyse les dernières sorties de l'ex-candidate à la présidentielle...

Cynthia Fleury, chercheuse à l'institut des sciences de la communication du CNRS, analyse les dernières sorties de Ségolène Royal sur Ingrid Betancourt et son cambriolage et plus généralement la stratégie de communication politique de l'ex-candidate à la présidentielle.

La majorité accuse Ségolène Royal de «perdre le contrôle d'elle-même». Partagez-vous cet avis?

Ses récentes sorties s'inscrivent au contraire dans une stratégie mise en œuvre depuis le mois de septembre dernier, à son retour de vacances. Ségolène Royal s'est alors entourée d'une nouvelle équipe, plus jeune et plus experte sur les questions économiques notamment. Objectif: penser le nouveau «logiciel» socio-démocratique du PS, tout en l'accompagnant d'une rhétorique innovante.

Ses récentes déclarations ne risquent-elles plutôt pas de la discréditer?

Pour l'instant, elle n'est pas encore au point. Mais il suffit de deux ou trois saillies mieux réussies pour qu'elle remonte dans les sondages. Ségolène Royal a mis en place une stratégie de communication semblable à celle de Nicolas Sarkozy: accusée d'être trop généraliste pendant sa campagne, elle opère désormais sur des sujets précis et par séquence de 24h. Le but est d'alimenter la machine médiatique quasiment tous les jours.

Certains l'accusent de se créer un personnage de martyr...

C'est tout le contraire. Sa nouvelle équipe la veut offensive, à l'opposé de l'image victimaire qu'elle a eue pendant sa campagne. Elle se fait cambrioler, elle attaque la majorité. Ingrid Betancourt est libérée, elle affirme que Nicolas Sarkozy n'y est pour rien. Et la plupart de ces attaques s'accompagnent désormais de propositions, pour dépasser la seule posture de chevalier blanc.

Cette stratégie peut-elle s'avérer payante sur le long terme?

Le problème, c'est qu'on retient davantage ses saillies, parfois disproportionnées, que ses propositions. Même si Ségolène Royal doit continuer à jouer sur sa personne, qui l'a fait émerger dans l'opinion et les sondages, il faut qu'elle ait une doctrine politique claire. Si elle parvient à rendre ses propositions lisibles, elle peut rester dans la course. Le problème, c'est que la machine de guerre autour d'elle est insuffisante, à la différence d'un Bertrand Delanoë, dont le statut de maire de Paris se substitue à une doctrine et qui bénéficie à lui seul d'un réseau d'entrepreneurs, d'industriels, d'artistes et d'associations.
Propos recueillis par Catherine Fournier
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