SOCIAL – De 40 à 41 ans de cotisations, contre des mesures pour favoriser l’emploi des seniors…
Le gouvernement dévoile lundi son plan de réforme sur les retraites.
Le ministre du Travail, Xavier Bertrand, reçoit tout au long de la journée, à tour de rôle les syndicats et le patronat, pour leur exposer ses projets. Mais au fait, c'est quoi au juste le plan Bertrand?
Que contient le plan de Xavier Bertrand sur les retraites?
Le plan que présente le ministre du Travail aux organisations syndicales lundi comprend deux volets principaux: la mise en œuvre de mesures déjà actées dans le plan Fillon de 2003 (dont l’explosif passage à 41 ans de cotisations) et une série de mesures supplémentaires destinées à développer le travail des seniors. Le plan prévoit aussi de revaloriser de 5% chaque année le minimum vieillesse pour atteindre une hausse de 25% en 2012.
Pourquoi ce plan passe-t-il mal?
Une seule mesure cristallise le mécontentement des syndicats: le passage de 40 à 41 ans de cotisations pour bénéficier d’une pension de retraite à taux plein. L’effort avait été annoncé dès 2003 dans le plan retraites de Fillon, assorti d’une énigmatique condition: «sauf éléments nouveaux». Le bras de fer entre Xavier Bertrand et les syndicats tourne autour de ces trois mots. Le ministre du Travail estime qu’il n’y a pas d’éléments nouveaux, alors que les syndicats font valoir que les conditions se sont dégradées. Selon eux, le passage à 41 ans de cotisations entraînerait une dévaluation importante des pensions, car seulement 38% des plus de 55 ans ont une activité salariée.
Que propose Xavier Bertrand en échange?
Pour faire passer la pilule, le ministre du Travail veut
mettre le paquet sur l’emploi des seniors afin d’assurer le plus de pensions à taux plein. Il veut forcer les entreprises à signer des accords sur le sujet avant la fin de l’année de 2009. En cas de résultats insuffisants en ce qui concerne le taux d’emploi des seniors, les entreprises seraient sanctionnées financièrement. Par ailleurs, la reprise d’activité des retraités pourrait être autorisée sans restriction dès lors que l'assuré a cotisé la durée nécessaire pour bénéficier d'une retraite à taux plein ou atteint l'âge de 65 ans. Enfin, mesure plus difficile à faire passer: pour remettre les chômeurs les plus âgés au travail, il est prévu de remonter progressivement l'âge (actuellement 57 ans et demi) à partir duquel les chômeurs bénéficient d'une dispense de recherche d'emploi.
Le front syndical est-il uni contre le plan Bertrand?
Les cinq grands syndicats sont opposés aux mesures que leur présente Xavier Bertrand. Même la CFDT, qui avait signé le plan Fillon de 2003, montre son agacement. Mais les propositions du ministre du Travail pour favoriser le travail des seniors pourraient convaincre les trois syndicats les moins virulents, la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC de soutenir la réforme.
Xavier Bertrand peut-il passer en force contre l’avis des syndicats?
Le passage à 41 ans de cotisations se fera à l’aide d’un décret et non d’une loi votée par le Parlement. Le ministre du Travail reçoit donc les syndicats pour une simple consultation, même s’il a tout intérêt à les convaincre pour éviter un mouvement social.
Est-ce que la réforme des retraites peut coûter cher à Xavier Bertrand?
Donné favori pour la succession éventuelle de François Fillon à Matignon, Xavier Bertrand a beaucoup à perdre sur ce dossier brûlant: réalisant un sans-faute depuis son arrivée rue de Grenelle, il peut perdre sa réputation d'habile négociateur plein de rondeur. Mais en cas de succès (la réforme passe, les manifestations sont évitées ou limitées), Xavier Bertrand renforcerait son statut de premier-ministrable, à l'image de François Fillon qui avait forgé son image d'homme d'Etat lors des discussions sur les retraites en 2003.
V.G.