POLITIQUE – Pouvoir d'achat, immigration, éducation, Tibet, Betancourt… Le chef de l'Etat a balayé plusieurs thèmes sur lesquels il était attendu…
Avec David Pujadas et Patrick Poivre d’Arvor en maîtres de cérémonie, Nicolas Sarkozy s’est plié au jeu de l’interview télévisée, depuis l’Elysée, où rideaux rouges et lustres étincelants étaient de sortie.
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Tout en reconnaissant qu'il avait fait des erreurs, le chef de l'Etat a maintenu le cap et souligné la nécessité des réformes engagées, balayant plusieurs thèmes sur lesquels il était attendu. Entre accents gaulliens du président habité par sa fonction, déni de la guerre en Afghanistan et agacements face à la journaliste de France 3, Véronique Auger...
Pouvoir d’achat
«
Les prix ont augmenté au moment de l'euro, et c'est un beau mensonge que de le contester, a reconnu le Président, qui a renvoyé aux «cinq milliards d'euros de pouvoir d'achat (...) distribués avec les heures supplémentaires». Et d'ajouter:«
Le problème de la France, c'est qu'on ne travaille pas assez et que, par conséquence, nous n'avons pas assez de croissance et de pouvoir d'achat.»
La relance du pouvoir d’achat passera également par la redistribution des bénéfices engendrés par les entreprises, estime Nicolas Sarkozy. «Je rendrais aux Français du pouvoir d'achat, soit par la baisse des prix, je pense qu'il faut changer la
loi Galland, soit grâce à la richesse des entreprises, a-t-il affirmé.
Le Premier ministre déposera un texte dans les 15 jours sur l'intéressement: une entreprise qui distribuera ses bénéfices aux salariés paiera moins d'impôts.» Une carotte qui profitera aux salariés des grands groupes. Et les plus précaires?
Le chef de l’Etat n’a pas l’intention d’enterrer le revenu de solidarité active (RSA),
défendu par Martin Hirsch. «
Le RSA est une très bonne idée» a-t-il assuré, précisant qu'il serait généralisé, sans doute «l'année prochaine». Le RSA serait versé aux personnes qui perçoivent entre 1,1 et 1,2 fois le smic. «Nous devons encore nous mettre d'accord avec Martin Hirsch», a néanmoins prévenu le chef de l'Etat.
Autre sujet sensible: les sanctions à l’égard des chômeurs. En plus des
mesures déjà engagées, Nicolas Sarkozy propose, qu’à l'avenir, un chômeur soit «obligé d'accepter un emploi représentant 95% de son salaire au bout de trois mois de chômage». Quant au couac de la
carte familles nombreuses de la SNCF, le chef de l’Etat l’a assuré: «C'est l'Etat qui paiera la politique familiale», reconnaissant «une erreur» que «je prends à mon compte, bien sûr».
Immigration
En pleine période de manifestations de travailleurs sans-papiers, Nicolas Sarkozy s’est voulu ferme, dans la droite ligne de
Brice Hortefeux: «Il n'est pas question que nous fassions une régularisation globale, car elle conduit à la catastrophe.» Et de dénoncer le coup médiatique des associations qui ont organisé la manifestation des sans-papiers. «On ne devient pas Français parce qu'on travaille dans la cuisine d'un restaurant, aussi sympathique soit-il.» «Il y a 22% de chômeurs chez les immigrés légaux», a-t-il soutenu, fustigeant les patrons qui affirment devoir passer par les clandestins pour trouver des travailleurs.
Education
Réaffirmant son soutien à Xavier Darcos, «très bon ministre de l'Education», Nicolas Sarkozy est resté sur la même ligne que son ministre: «
On maintient les réformes qui permettront les suppressions de poste», a-t-il assuré. «Ce n'est pas en mettant toujours plus de profs qu'on aura des résultats», a-t-il assuré, soulignant les cas d'analphabétisme observés à l'issue de l’école primaire. «Nous avons 1,1 million de personnes à l'Education nationale, nous n'avons pas les résultats à hauteur des moyens engagés», a-t-il jugé, estimant que
la France n’a pas «mis en oeuvre les réformes nécessaires.»
Quant aux «couacs» observés dans la majorité, Nicolas Sarkozy a réfuté toute animosité entre lui et son Premier ministre. Réaffirmant sa confiance à François Fillon, il a balayé une éventuelle nomination de
Xavier Bertrand à Matignon.
Chine et Tibet
«
Je n'ai pas accepté ce qu'il s'est passé au Tibet, j'ai été choqué par ce qu'il s'est passé et je l'ai dit au président chinois», a affirmé Nicolas Sarkozy avant de plaider pour «davantage d'indépendance pour la province du Tibet», sur le modèle de Hong Kong. Mais Nicolas Sarkozy n’appelle pas à l'indépendance de la province. Une indépendance «que même le dalaï-lama ne réclame pas», a-t-il indiqué. Ce qui n’est pas sans rappeler Bernard Kouchner et son «ne soyons pas plus tibétains que les tibétains».
Quant à sa présence à Pékin pour la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, Nicolas Sarkozy a refusé de se prononcer. «
Ce serait bien que sur cette affaire-là, l'Europe s'exprime d'une même voix», a-t-il tout de même souhaité.
Diplomatie
Au sujet de l’Afghanistan :«
Ce n'est pas une guerre, nous sommes du côté des Afghans», a-t-il assuré, arguant que les 700 hommes supplémentaires envoyés sur place étaient «une aide pour que l'armée afghane prenne le relais». Comprendre: pour éviter l'embourbement. Réaffirmant son refus d'intégrer la Turquie dans l'Europe, il a néanmoins souligné que «
si la question se pose, je suis prêt à un référendum sur la Turquie».
Le président français a également renouvelé son soutien à l'initiative d'Hugo Chavez dans l’affaire
Betancourt, sur laquelle le chef de l’Etat ne s’est pas étendu. Enfin, il s’est voulu clair envers le
Hamas: «
En tant que chef d'Etat, je ne dois pas parler au Hamas. Je ne peux pas parler des gens qui ont appelé à rayer Israël de la carte, et je ne peux pas parler avec le président iranien», a-t-il affirmé, soulignant néanmoins qu'il n'y aurait pas d'avenir pour Israël sans la création d'un Etat palestinien sûr.
Sandrine Cochard et Cyprien Iov (pour le montage vidéo)