INTERVIEW - Jean Viard, chercheur au Centre d'études de la vie politique française (Cevipof) prodigue ses conseils au chef de l'Etat en matière de pouvoir d'achat…
Jean Viard, chercheur au Centre d'études de la vie politique française (Cevipof) et auteur de «Du franc à l'euro: la vérité sur les prix» (éd. De l'Aube), prodigue ses conseils au chef de l'Etat et à son gouvernement pour les quatre ans à venir en matière de pouvoir d'achat...
Que conseilleriez-vous à Nicolas Sarkozy pour augmenter le pouvoir d'achat des Français?
Il faut approfondir des mesures simples qui existent déjà comme la Prime pour l'emploi que l'on pourrait doubler. En fait, ce n'est pas tant le pouvoir d'achat qui est rogné que la structure de la consommation qui a été modifiée. En clair, le téléphone portable concurrence les vacances. Ce qui n'était pas le cas il y a vingt ans évidemment. Comme les petites choses de la vie quotidienne, comme le pain, augmentent également, le sentiment de la hausse du coût de la vie est amplifié. C'est pourquoi il vaut mieux quelques mesures clairement compréhensibles qu'une succession d'annonces inaudibles. Quant à l'augmentation effective de certains produits, elle rapporte de l'argent à certains secteurs de la société. Il faut donc en tenir compte et réorganiser la circulation de l'argent entre ceux qui en touchent et les autres. Par exemple, supprimer les subventions aux céréaliers. Il faudrait enfin que les charges pèsent moins fortement sur le travail.
Que pensez-vous de l'efficacité des mesures prises par Nicolas Sarkozy depuis un an?
On le dit rarement mais la mesure sur les heures supplémentaires est fondamentalement et idéologiquement machiste. Ce sont en effet les femmes qui sont le plus exposées au travail à temps partiel et peuvent rarement faire des heures supplémentaires en raison de leurs activités familiales parallèles. Les heures supplémentaires de Sarkozy, ça ne marche pas pour elles.
Nicolas Sarkozy a été élu sur la promesse de l'augmentation du pouvoir d'achat. Peut-il réussir?
Son projet électoral a été bâti sur un modèle de développement économique qui ne se réalise pas en raison de la crise mondiale. Il faut donc qu'il fasse preuve de modestie et qu'il se montre capable d'en sortir.
Propos recueillis par Alexandre Sulzer