Mandature Sarkozy: «C’est un urgentiste de l’action internationale»

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Publié le 24 avril 2008.

INTERVIEW – Jean-Louis Bourlanges, essayiste et professeur à Sciences Po, prodigue ses conseils pour les quatre ans à venir...

Alors que Nicolas Sarkozy s’exprime jeudi soir à la télévision pour dresser le bilan de sa première année de mandature, Jean-Louis Bourlanges, essayiste et professeur à Sciences Po, prodigue ses conseils en matière de diplomatie à Nicolas Sarkozy pour les quatre ans à venir...


Qu’est ce que doit faire Nicolas Sarkozy pour réussir sa présidence européenne?
Il faut déjà qu’il n’échoue pas, qu’il n’y ait pas de crispations diplomatiques, avec les Allemands en particulier, comme il y en a eu sur le dossier de l’Union méditerranéenne. Les principaux dossiers qui sont devant nous seront la mise en place d’une force militaire européenne, le règlement de la question turque (en refusant son adhésion à l’UE sans créer de remous) et la gestion du problème de l’immigration clandestine aux portes de l’Europe mais tout ça ne se décidera pas en six mois.
 
Vous parlez de crispations diplomatiques avec l’Allemagne. Comment le Président doit-il s’y prendre pour recoller les morceaux avec Angela Merkel?
Il y a une sorte d'opposition culturelle entre le style fille de pasteur d’Angela Merkel et l’exubérance de Nicolas Sarkozy. Pour surmonter ce handicap, il ne faut pas heurter les Allemands au fond. Il ne faut pas se servir de l'Union méditerranéenne comme d’une arme pour disputer le leadership européen aux Allemands. Il faut mettre de l’ordre dans les finances de la France, «mouton noir» de la zone euro, et tenter de dégager une position commune franco-allemande vis-à-vis des Etats-Unis et de la Russie.
 
L’envoi de trois émissaires en Chine montre un retour du Président vers une realpolitik qu’il dénonçait pendant la campagne présidentielle…
L’arbitrage entre la diplomatie des Droits de l’homme et la diplomatie des intérêts n’est pas clairement défini. Il manque à Sarkozy une doctrine en la matière, que l’on sache où se situe la ligne jaune qu’on ne peut franchir en matière de Droits de l’homme. L’affaire chinoise a montré l’inconsistance de la position sarkozienne sur ces questions: à force d’hésitations, la France a perdu la face. Il est paradoxal que Nicolas Sarkozy soit obligé de s’excuser à la fin d’une séquence qui commence par des violations manifestes des Droits de l’homme par les Chinois au Tibet. Alors même que Britanniques et Allemands ne sont pas vraiment critiqués par les Chinois après avoir annoncé qu'ils n'assisteraient pas à la cérémonie d'ouverture, ce que n'a pas fait le président français.
 
Nicolas Sarkozy met beaucoup de son énergie diplomatique au service de la libération d’otages (infirmières bulgares, Ingrid Betancourt). Est-ce un positionnement viable?
Il est depuis toujours à l’aise avec les prises d’otages [il a commencé sa carrière jeune avec la prise d’otages dans une maternelle à Neuilly en 1993, ndlr]. C’est un urgentiste de l’action internationale. Avec Ingrid Betancourt, on se rend compte des limites de cette méthode. Nicolas Sarkozy a raison de mettre le paquet sur la libération de l’otage mais il ne peut pas se permettre d'aller jusqu'à renverser la politique française dans la région et de tout sacrifier aux intérêts des Farc et d'Hugo Chavez. Si poignante que soit la situation d'Ingrid, nous ne pouvons nous permettre d'être un jouet dans la main des Farc.

Les relations avec les Etats-Unis vont-elles dépendre du résultat de la présidentielle américaine? Sarkozy sera t-il toujours aussi atlantiste avec un autre Président que Bush?
Nicolas Sarkozy n’est pas en fait un atlantiste inconditionnel. Il n’a pas cédé sur deux dossiers importants: l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne que réclament les Etats-Unis qui veulent défendre leur allié traditionnel et la question de l’entrée de la Géorgie et de l’Ukraine dans l’Otan que refuse la France. Mais Nicolas Sarkozy a indéniablement rétabli la sérénité dans les rapports franco-américains. Il a fait le premier pas avec George W. Bush, chacun sait que c'est celui qui coûte. Il gagnerait en revanche à s'épargner, même en privé, des commentaires acides sur Hillary Clinton. De façon plus générale, il est à craindre qu'un démocrate soit plus dur qu'un républicain sur la question du commerce.

Pensez-vous que Sarkozy a tranché la question de la puissance de la France sur l’échiquier international?
Le Président est encore partagé entre deux tentations différentes: la première, l’acceptation de la France comme puissance moyenne à l’écoute des autres pays et partenaire coopératif de la Communauté atlantique; la seconde s'inscrit dans la tradition de l'héroïsme gaulliste et lui est dictée par un tempérament flamboyant et unilatéraliste qui le conduit à s'avancer, seul et à découvert, au risque d'agacer et de ne pas être suivi. Bon camarade ou poil à gratter, il faut choisir!
Propos recueillis par Vincent Glad
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